Et elle n’eut de cesse qu’elle ne revît Ahmed-Hikmet.
— Voici des nouvelles, mes yeux ! de grandes nouvelles, triomphateur ! Mon époux, — qu’Iblis le prenne, et le garde en sa géhenne jusqu’à la consommation des siècles — songe à me répudier. Et tu m’épouserais, n’est-ce pas, mon roi ?
— A n’en pas douter, mon pigeon, à n’en pas douter !
Mais il décidait à part lui : « Épouser une dévergondée qui trahissait son époux ! Ce n’est pas à faire, par Allah ! Ce n’est pas à faire ! »
Et, pour éviter cette échéance, en même temps que pour avoir Zéineb toute à lui sans risques à courir, il glissa quelques mots au gouverneur, qui à son tour glissa quelques mots dans l’oreille d’Aghich, son espion et celui de Sa Majesté.
— Il est temps, en effet, de donner une leçon à ce hodja, approuva le gouverneur : il se mêle de choses qui ne le regardent pas.
La justice du Rétributeur, qui n’aime point les trahisons, voulut que, moins d’un an plus tard, Ahmed-Hikmet fût envoyé à la tête d’une compagnie contre les rebelles du Hedjaz, qui le tuèrent, ouvrirent son ventre en croix, puis lui tranchèrent la tête : et voilà pour lui ! Mais Nasr’eddine ne le put savoir : à cette époque Allah, dont les desseins sont impénétrables, avait décidé que, lui aussi, serait bien loin, et sinon mort, du moins en grand danger de mourir.
Après avoir réfléchi longtemps, il s’était résolu, selon son penchant, à ne rien faire. « C’est le plus sage, se disait-il, c’est le plus sage : comme le sort me fut écrit, je prends le sort ! »
Quelques jours avant l’événement qui l’arracha à sa patrie, il s’en fut accomplir sa promenade habituelle près de la fontaine inépuisable et claire qui est au cimetière de Bounar-Bachi ; et c’était vers la fin du ramadan.