— Je vais te prouver le contraire, dit Nasr’eddine. Quelle peine porte le Coran contre les voleurs ?

— La première fois, cita le ministre de la septième police, ils auront le poing gauche coupé. Et en cas de récidive, le poing droit.

— Et tu sais bien, Altesse, n’est-ce pas, qu’on a changé tout cela ? poursuivit Nasr’eddine.

— Que veux-tu dire ? demanda le ministre.

— Est-ce que tu connais un seul pacha, Altesse, un seul préfet, un seul sous-préfet, un seul ministre, un seul grand-vizir qui soit manchot ? Ils ont leurs deux bras, Altesse, et tu as tes deux bras. Et tu ne me feras pas croire que vous ne volez point. Tu vois bien qu’on a changé quelque chose au Coran !


Le grand vizir venait justement d’instituer, à son bénéfice, une taxe secrète de trois métalliques par livre de viande vendue chez les bouchers de Constantinople. Craignant que Nasr’eddine et ses deux complices supposés n’en eussent appris quelque chose, en apparence par mesure d’indulgence, mais en réalité pour qu’il ne comparût point devant les oulémas, auxquels le hodja aurait pu ébruiter l’affaire, Haydar fit élargir celui-ci, lui interdisant toutefois de quitter Constantinople avant la fin de l’enquête, qu’il comptait bien faire durer plusieurs années, jusqu’à la mort, s’il le fallait, du Padischah.

Pour Khaliss et Akif, hamals du marché, il leur permit de retourner à Brousse. Revenus dans leur demeure, les deux portefaix instituèrent un culte domestique en faveur de la pierre plate, obscurément sculptée, vu qu’elle avait été la plus forte, et les avait fait sortir de prison.

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COMMENT NASR’EDDINE USA DE LA DEMI-LIBERTÉ QU’ON LUI LAISSAIT À CONSTANTINOPLE ET DE L’INOUBLIABLE HISTOIRE DU KHALIFE ET DU CORDONNIER

… Haydar, ministre de la septième police, avait fait mettre Nasr’eddine en liberté, lui interdisant toutefois de quitter Constantinople avant la fin de l’enquête, qu’il comptait bien faire durer plusieurs années, jusqu’à la mort, s’il le fallait, du Padischah.