Une rose blanche teintée de rose et un insecte vert qui lui mange le cœur : tel chacun de ses yeux dans sa face vermeille, ô hodja ! Et tu connais aussi, d’après ce que j’ai entendu de tes malheurs, les statues que les Grecs incirconcis ont taillées dans un marbre un peu rose ; ils y mettaient des yeux d’émeraude, et quand on les tire des ruines, elles ont l’air encore pâmées mais déjà tristes, comme si on venait de faire fuir le genni qui depuis des siècles jouissait de leur corps dans la solitude. Telle apparut la cordonnière, et le khalife fut ému à la limite de l’émotion, et son cœur s’agita dans sa poitrine comme un cygne tumultueux qui va s’envoler :


Tu es venue de bien loin pour éclairer cet empire, ô étrangère, et ta beauté illustre ta robe pauvre comme le soleil change un tourbillon de sable en une tour de diamants.

Et je ne te connaissais pas avant cette heure, et je te connais maintenant comme si tu avais dormi, enfant, avec moi, dans le même berceau. Ma vie est ta vie ! Est-ce qu’il y a d’autres femmes au monde ? Je ne le sais plus ! Je te préfère !

Sont-ce des grêlons tombés du ciel, ou bien tes dents ? L’horizon tout entier du couchant, ou ta chevelure ? Il n’est plus que toi, il n’est plus que toi !

J’ai connu des Hindoues, que je croyais les plus belles de la terre, et leurs deux hanches s’élargissaient, harmonieuses, comme les cornes d’un oryx. Mais je t’aime mieux, toi claire et pâle, avec ta croupe plus droite, et la fierté de tes bras blancs.


Tels sont les vers que le khalife improvisa pour célébrer son grand amour, et ils demeureront à jamais, si Allah le veut ! Mais si le khalife vit la cordonnière, la cordonnière vit très mal le khalife, parce que l’âne l’intéressait davantage.


— Je ferai venir cet artisan, dit le khalife au vizir Osman-ben-Hakem, et je lui donnerai la somme qu’il voudra pour divorcer.