Quand Nasr’eddine sortit du palais, il était plus de minuit. Son estomac était vide, et très douloureux dans sa poitrine. La pluie tombait dans la nuit noire, ses pieds et sa robe s’éclaboussaient de boue. Il arriva devant sa demeure la cervelle toute brouillée de faim, les épaules trempées et le cœur déjà bien humble. Mais sa femme l’attendait sûrement, car il vit assez distinctement une lumière à la fenêtre, au-dessus de la porte. Y avait-il une ombre, y en avait-il deux, devant cette lumière ? Le grillage du moucharabieh l’empêcha de bien voir. Il frappa.
— Voilà ton mari, dit Ahmed à Zéineb.
— Passe par la porte du jardin, et franchis le mur, répliqua-t-elle. Je vais le retenir.
Et durant qu’Ahmed, ses bottes à la main, s’enfuyait pieds nus, elle cria d’une voix âpre, à travers le lacis de bois :
— Éloignez-vous, ô débauché ! qui peut frapper à cette heure, s’il n’a de mauvais desseins ?
— Ouvre, ma femme ! dit Nasr’eddine tristement, c’est moi !
— Qui, vous ? insista Zéineb.
— Moi… Nasr’eddine, continua-t-il d’un air soumis.