» Quand cheik Ishak entendit les pas des chevaux, ces huit pieds sonores qui fuyaient, il se douta de son malheur et comprit que l’adolescente était partie pour autre chose qu’aller chercher de l’eau à la fontaine. Alors lui-même courut à sa poursuite, avec son frère et ses fils. Mais, comme ses chevaux n’étaient pas tout prêts sellés, il ne rattrapa point les fugitifs avant la fin de la nuit. Et, quand il les rattrapa, ils étaient chez moi.

— Chez toi, Mohammed ? fit le révérend Feathercock, étonné.

— Chez moi, parce qu’il ne faut jamais enlever une femme avant d’avoir prévenu un ami, d’une autre tribu, qui vous ouvre sa tente. Car toute tente est sacrée, et le Prophète lui-même — sur lui la lumière et la bénédiction — n’entrerait pas dans la tente d’un vrai croyant sans sa permission.

» Et ils firent ce qu’ils voulaient, quand ils furent chez moi, et ce qu’ils firent est le mystère de la foi musulmane. Ils se réjouirent jusqu’à la limite de la jouissance, ils burent, et mangèrent, et dormirent, et cela dura jusqu’au moment où l’on sentit tomber sur la terre l’odeur du matin. Mais quand l’odeur du matin fut venue, cheik Ishak et les siens arrivèrent avec elle.


« Et le cheik dit : « Où est cette dévergondée ? » Je répliquai : « Chez moi, cheik très respectable ! » Alors il tâta ses armes, et son frère et ses fils tâtèrent leurs armes. Mais je parlai encore :

»  — Nous sommes beaucoup ici, cheik plein de sagesse, et d’ailleurs puis-je violer l’hospitalité ?

» Cependant toutes les femmes de ma famille, et principalement les plus âgées, dont le visage est découvert, entouraient cheik Ishak en chantant :

» Tes pieds sont comme tes genoux, tes genoux comme tes cuisses, tes cuisses comme ton ventre, ton ventre comme ton cou, ton cou comme ta figure, et ta figure pareille au cul d’un vieux pot.