— Il m’est revenu, ô Mohammed, lui dit-il simplement, que dans l’entourage de Sa Majesté on est porté à faire paraître sous un mauvais jour les relations que j’ai entretenues avec cet excellent missionnaire qui, je crois, est devenu ton ami. C’est dommage : ses propos, parfois, n’étaient pas sans nous être de quelque avantage, malgré qu’ils fussent, comme ils disent dans leur langue, quelque peu « garruleux »… D’autre part, il est possible que nous ayons épuisé leur utilité. Notre parent Hamdi-bey lui-même serait de cet avis.

» Cependant, tu le sais, ô Mohammed, ajouta-t-il, nous ne pouvons expulser aucun étranger. Il y a les capitulations ! Nous ne saurions oublier qu’il y a les capitulations ! Les étrangers ne peuvent quitter cet empire que si c’est leur bon plaisir.


Mohammed, ayant écouté, parla d’autre chose, agréablement. Puis il fit remarquer, avec des circonlocutions décentes, que sa maison, hélas ! était bien pauvre en ce moment, et que même le service public pourrait souffrir de son dénuement.

— Nous verrons plus tard, répondit le ministre de la septième police, nous verrons plus tard. Pour l’instant, va donc t’entretenir de la petite chose dont je viens de te parler avec le père Stéphane, prieur du couvent des Hiérosolymites grecs. Il m’est revenu qu’il n’aimait point la concurrence des hérétiques de sa religion. Et il faut savoir se servir des Grecs, ô Mohammed ! C’est bien le moins, pour les embarras qu’ils nous donnent.

Il ne jugea point utile de faire connaître à son agent que le père Stéphane l’était venu voir, au sujet de la concurrence que lui faisait la mission du révérend Feathercock, et avait su l’intéresser à sa plainte.

Mohammed s’en alla par sa voie, sans rien demander davantage, et quand il eut rendu visite au père Stéphane, jamais, durant les huit jours qui suivirent, il ne se montra plus affable et plus communicatif à l’égard de M. Feathercock. Il ne quittait plus guère la maison du Taxim.


… Certain soir, Zobéide, toujours prudente et sage, passa d’abord doucement la tête entre deux petites branches de myrte, afin de savoir quelle sorte de personnes causaient près du jet d’eau, dans l’ombre fraîche qui tombait du mur de grès rose. Et quand elle vit que ce n’était que le révérend John Feathercock, son seigneur et maître, discourant comme d’habitude avec Mohammed-si-Koualdia, elle se dirigea vers eux bien franchement, quoique avec lenteur. Lorsqu’elle fut tout près, elle s’arrêta, et sûrement vous eussiez cru, à l’éclair de ses yeux très noirs, qu’elle écoutait avec attention. Mais la vérité est que, de toute sa cervelle mince, de toute sa bouche et de tout son ventre, elle ne faisait que désirer la pulpe jaune et parfumée d’une pastèque ouverte, placée sur la table au pied des grands verres à demi pleins de la neige des sorbets. Car Zobéide était une tortue, de l’espèce ordinaire qu’on trouve dans l’herbe des prés, aux alentours des Eaux-Douces.

Cependant, Mohammed continuait son histoire :