— … Tu serais capable de forcer la puissance d’Allah ? poursuivit M. Feathercock.
— Je le ferai sur l’heure, dit Mohammed.
Prenant Zobéide, il la posa sur la table. La tortue, effrayée, de nouveau avait rentré la tête. On ne voyait plus que les quadrangles jaunes, cerclés de noir, de sa carapace, tout contre la pastèque juteuse. Mohammed prononça :
— Tu es un miracle en toi-même, ô tortue ! Car ta tête est d’un serpent, ta queue d’un rat d’eau, tes os d’un oiseau, ton poil fait de caillou ; et cependant tu connais l’amour comme les hommes, si bien que lorsqu’on vous rencontre au printemps, vous toutes, tortues, on dirait que les pierres mêmes, ding, ding, ding, tin, tin, tin, s’agitent, se mêlent et s’unissent pour procréer. Et, en effet, ô tortue de pierre, voilà qu’ensuite tu ponds des œufs !
» Tu es un miracle en toi-même, ô tortue, car on dirait que tu n’es que de la coquille, et pourtant tu es une bête qui manges. Mange de cette pastèque, ô tortue, et grandis cette nuit de la grandeur d’un ongle, si Allah le veut !
» Et quand tu auras grandi d’un ongle, ô tortue, mange encore de cette pastèque, ou de sa sœur, une autre pastèque, et grandis encore d’un ongle, et deviens grosse comme une mosquée. Tu es un miracle en toi-même, ô coquille qui es de la vie : fais un autre petit miracle, si Allah le veut, si Allah le veut !
Zobéide, rassurée par la monotonie de cette voix, se décida enfin à sortir d’abord la pointe de son nez corné, puis ses yeux noirs, sa queue grasse et dure et ses fortes pattes griffues. Apercevant la pastèque, elle fit un signe d’assentiment et commença de manger.
— Il n’arrivera rien du tout ! dit le révérend John Feathercock, un peu ému.