C’était encore une chose qu’il avait vue dans les livres de ce Norvégien : ceux qui sont atteints de faiblesse de la poitrine vont dans le Midi : cette chose est écrite.

— Si tu vas dans le Midi, lui dit son père, et si tu en reviens guéri, tu promets que tu respecteras, à l’avenir, les principes de la morale d’hiver et ceux de la morale d’été ?

— Je le jure ! fit-il solennellement.

Alors ses parents lui donnèrent un traîneau et des rennes, pour qu’il pût parcourir rapidement le sol glacé, un kayak, pour qu’il franchît la mer, de longues aiguillettes de chair de phoque séchée, afin qu’il mangeât en route, et des peaux de morse pour qu’il pût payer son séjour chez les hommes du Sud, qui sont avides et ne donnent rien pour rien.


Ce jeune Lapon délicat de la poitrine partit heureux. Et il alla passer l’hiver en effet dans la ville la plus au Midi dont il eût jamais entendu parler.

— Au moins, songeait-il, je ne souffrirai plus de notre sale climat !

Cette ville était Saint-Pétersbourg. Il y fut pris, au mois de janvier, d’une pneumonie foudroyante, et mourut en peu de jours.


Cette fable comporte une haute moralité pour les gens qui veulent se remarier, ceux qui rêvent de changer de gouvernement, et généralement tous ceux qui souhaitent d’être ailleurs. Car « ailleurs », étant donné la faiblesse et l’ignorance de l’esprit humain, ce n’est presque jamais plus loin que Saint-Pétersbourg pour un Lapon.