— Par ici, par ici ! Faites les mouvements de nage, avec vos mains.

Il joignait le geste à la parole, et le malheureux finit par aborder. Se mettant à quatre pattes, Paul-Louis l’aida presque frénétiquement à monter sur le radeau. Et il en vint d’autres, d’autres encore, une trentaine de naufragés. Ces hommes ne s’étaient jamais vus. Pourtant ils semblaient se reconnaître ; et ils se touchaient les uns les autres, doucement, comme si, de se sentir ensemble, cela leur eût donné je ne sais quel espoir éperdu.

Et puis, voilà que tout fut changé. Quelqu’un dit :

— On ne peut plus recevoir personne ! Le radeau va couler !

Et cependant ils voyaient venir, du fond de l’obscurité, d’autres infortunés qui gémissaient.

— Il n’y a plus de place ! leur cria Paul-Louis avec tous les autres. Il n’y a plus de place ! C’est à nous, ce radeau, à nous ! Allez-vous-en ! C’est à nous, parce que nous voulons vivre et que vous nous feriez mourir !

Et de ces bannis, rejetés dans la mort, certains disaient avec résignation :

— Dieu vous aide ! Adieu…

Mais d’autres essayaient de se cramponner. Alors, et d’instinct, il y eut une garde, des veilleurs, des chefs qui les repoussaient, impitoyablement.

— C’est à nous, ce radeau, à nous ! Parce que nous voulons vivre !