Et je me sentis profondément seul. Je fus comme un enfant auquel il manque son jouet. Elle était chez son oncle Rainimaro. La faire chercher ? Et mon orgueil, à moi, mon orgueil blessé d’Européen ! Elle était partie sans un mot de reproche, sans une récrimination, sans une larme. J’étais plein de fureur devant une décision si vite prise, une résignation si dédaigneuse. Et ce fut la princesse Zanak-Antitra qui fit les démarches, finit par nous raccommoder, et Kétaka revint, toujours la même, avec une fierté de déesse et d’idole.

Et cela dura ainsi… Des joies de tous les jours qui n’étaient pas des joies, parce que c’est la loi humaine qu’il se faille blaser, des inquiétudes, de petits froissements, des soucis que je me rappelle maintenant comme des délices. Puis la maison se vida de Galliac, mon presque frère.

Il s’ennuyait, étouffait dans la ville, et partit malgré les incendies, les prédictions sinistres, les départs d’autres Européens qui n’étaient point revenus. Mais il avait goûté de la brousse et il la lui fallait. Ce n’était même pas un voyage qu’il allait accomplir ; quinze jours dans le sud, à une vingtaine de lieues de Tananarive ! Il en haussait les épaules. Le matin, au milieu de ses bagages et de ses porteurs, c’est à peine s’il s’émut, parce qu’il ne voulait point s’émouvoir. Pour Ramary, il allait à la chasse.

— Adieu, vieux !

— Adieu, vieux !

Le cœur qui se serre, l’ennui douloureux de celui qui reste, est-ce que cela se dit ? Ah ! que je l’aimais pourtant, et comme il m’aimait ! Mais l’avouer, mais s’embrasser, quand on vieillit, quand on a la peau durcie par les soleils de là-bas, et des lèvres viriles qui trembleraient dans un sanglot, si l’on tentait de leur faire dire la tristesse de l’abandon ? Non : « Adieu, tu m’écriras ? — Crois pas. Pas moyen. — Alors, adieu ! — Adieu ! »

La petite caravane s’éloigne, tourne le lac, se perd au delà de la place sainte, où chaque année la reine réunit son peuple derrière l’Ambohi-dzanahare stérile. Maintenant, même du haut de ma galerie, je ne vois plus rien. Mais j’entends un grand sanglot. C’est Ramary qui pleure, qui pleure à chaudes larmes, la figure cachée dans ses voiles, et ne veut pas être consolée :

— Il m’a dit qu’il allait tirer les oiseaux, mais ça n’est pas vrai. Il est allé se battre, et je ne le reverrai plus jamais !

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* *

— Ramilina, voici ma sœur Sary-Bakoly qui veut te faire visite, me dit Kétaka.