Mais, ce soir-là, il serrait les lèvres d’une façon inhabituelle, dont l’importance de l’opération précédemment exposée ne suffisait pas à rendre compte.
— Seigneur, dit-il enfin, savez-vous que Kétaka a passé la journée chez le lieutenant Biret ?
Joseph avait vu avec chagrin la régularité de nos mœurs. Il eût aimé être, dans la maison, non seulement Ganymède, mais encore Mercure, à cause des profits. Je lui déclarai tout net qu’il n’était qu’un vil calomniateur. Seulement, un quart d’heure après, j’avais la faiblesse d’interroger Kétaka.
— Si j’ai été chez le lieutenant Biret ? dit-elle. Oui ! Puisque la Statue-de-terre-cuite l’a quitté, et qu’il n’a plus de femme, et qu’elle est ma sœur.
— C’est bien. Tu vas partir ce soir.
— Il fait nuit. Attends jusqu’à demain, dit-elle tranquillement. Il n’est pas convenable qu’une femme sorte dans la rue à cette heure.
— Va-t’en ! dis-je.
Sa sœur Ramary accourut, m’embrassa :
— O Ramilina, pourquoi es-tu fâché ? Puisque c’est le lieutenant Biret, et puisque Sary-Bakoly est partie, elle devait la remplacer : ce sont les rites… elle aurait été montrée au doigt.
Dans sa douleur, elle appuyait son nez contre ma joue, à la mode de l’ancien baiser malgache, en aspirant l’air.