» Razo se leva et voulut passer sa culotte. Mais la tête lui tourna, ses yeux chavirèrent, et il serait tombé si je ne l’avais soutenu.
» Sœur Ludine ramassa la culotte et la mit sur une chaise. C’était une femme d’ordre.
» Puis elle prit le fusil de Razo et me dit d’un air ferme :
» — Je descends avec vous.
» Et je compris : l’idée que ces pauvres petits enfants malgaches allaient être enfumés dans l’école lui fendait le cœur et lui bouleversait la cervelle. Mais je ne voyais pas sœur Ludine transformée en héroïque guerrier. C’était ridicule.
» Ne déshonorez pas votre cornette, lui dis-je. Est-ce qu’on porte les armes avec ce costume-là ? Ce qu’il nous faudrait, c’est le prestige de l’uniforme : le poste défendu par une femme ! C’est la meilleure façon de nous montrer perdus !
» — Vous croyez ? Eh bien ! ce ne sera pas long.
» Elle défit le paquetage de Razo, y prit un pantalon, une tunique, et courut, sans ajouter un mot, dans la cuisine, qui était une petite hutte, à l’autre bout de la terrasse.
» Trois minutes plus tard, elle revenait habillée en marsouin, oui, en marsouin, avec un casque en moelle de sureau, un pantalon à passepoil jaune, qui lui tombait sur les talons, et une tunique qui faisait de bien drôles de plis, mais sans paraître embarrassée le moins du monde, tant elle avait la tête dans les nues. Et son petit corps de vieille bonne femme l’eût fait ressembler à un enfant de troupe, sans la figure, qui était vieille, ridée, ratatinée — mais toute luisante d’enthousiasme. Razo était suffoqué, et moi, je ne songeais pas à rire, ni à protester, j’avais les larmes aux yeux.
» Je lui disais :