» Il bégaya :

»  — Que puis-je faire ?…

»  — C’est la dame qui tient les livres que je veux épouser, monsieur, continuai-je, car j’étais lancé. Il n’y en a pas deux comme elle pour faire le bonheur d’un homme. On ne s’est jamais dit que bonjour et bonsoir, mais je suis sûr qu’il n’y en a pas deux comme elle.

» Et je voulus lui expliquer… Mais il cria — tu sais, Barnavaux, j’entends sa voix. Ah ! c’est affreux, j’entends sa voix ! Il pinçait les lèvres, il ouvrait les mains, il bredouillait, il ne songeait pas à déguiser, tant il était surpris. Il cria :

»  — Vous voulez… vous voulez épouser la princesse d’Udine !

» Et je criais à mon tour, le sang glacé :

»  — Quoi, monsieur, quoi !

» J’avais entendu parler de cette famille d’Udine chez monsieur le marquis : de la noblesse impériale, qui date du temps où les simples soldats devenaient princes, mais qui est maintenant aussi bonne, aussi haute que l’autre. Et j’avais entendu parler du prince d’Udine actuel, un fou méchant. Le secrétaire m’expliqua le reste. Le prince avait épousé une jolie institutrice sans fortune. Puis il l’avait quittée, et elle avait demandé sa séparation aux tribunaux. Depuis ce temps-là elle vivait toute seule, très fièrement, dans cette petite place que lui avaient trouvée des amis, ayant repris son nom de fille, ne gardant même pas son alliance au doigt, mais toujours princesse !

» Et même, quand elle aurait été divorcée ! Elle restait une grande dame. Je l’avais insultée. Je t’assure, Barnavaux, que je ne pensai pas à autre chose ; je l’avais insultée ! Je ne réfléchis pas une minute de plus, j’ouvris la porte de la bibliothèque où elle travaillait, je la vis près de la fenêtre, calme, à peine triste, avec son air honnête, fier, un peu têtu ; oui, oui, un air de princesse, je le reconnaissais bien, maintenant, et je lui dis tout d’un trait, en me tenant bien droit, comme un domestique :

»  — Je demande bien pardon à madame la princesse…