— Puisque c’était un Anglais du pays de Galles, dit Barnavaux, étonné. Alors il avait un nom qui s’éternuait : quelque chose, quand c’était écrit, comme Lyllywin. Il fallait bien l’appeler Atchoum.

Je n’insistai plus. Il poursuivit :

— A la fin, le commandant prétendit que c’était très mauvais pour la discipline, que les traînards avaient, dans une certaine mesure, le droit de se faire couper le cou quand ils n’avaient plus leur tête, et que c’était même un débarras pour la société ; mais que nous avions perdu des chameaux par négligence, due à l’absinthe. C’est possible. Seulement le chameau est un animal très difficile à surveiller. Il est sobre, mais baladeur. Ce n’est pas tout à fait de sa faute : il mange de tout, excepté l’ail et l’oignon, qui lui font mal au ventre. Ce phénomène est constaté, bien qu’inexplicable pour une bête du Midi. Par malheur, dans le désert, les touffes d’herbes sont à dix mètres l’une de l’autre, et quand on laisse les chameaux s’offrir sans témoin à souper la nuit, le lendemain matin ils sont loin. Voilà pourquoi le grand chef, dans l’intérêt des montures, et dédaigneux du nôtre, décida de supprimer l’absinthe. Il fit venir le mercanti qui suivait la colonne et lui dit :

»  — En as-tu encore beaucoup ? »

» Le mercanti ne demanda pas de quoi il y avait beaucoup. Il répliqua :

»  — Six caisses et un petit tonneau.

»  — Je te les paye, parla cet homme impitoyable. Voilà ton argent. Et tu vas me faire le plaisir de vider tout ça, tout de suite, sur le sable. Tu me représenteras les caisses et le tonneau vides.

» Il y a des officiers qui n’ont pas de cœur. Celui-là ne buvait que de l’eau minérale.

— De l’eau de Vichy ?

— Non. Une autre saleté, qui sent l’encre.