— Passez-moi votre porte-voix, dit madame Murray.
Et elle cria :
— Vous ne nous coulerez pas parce que nous marchons mieux que vous. Je suis la femme d’Alfred Murray, assassiné par deux passagers de votre navire, Weldon et Nathan, qui sont inscrits sous de faux noms. Je viens les reconnaître, les prendre et reprendre mon argent. Mettez un canot à la mer.
La voix du commandant clama :
— Vous êtes folle, d’abord. Et puis, ça ne me regarde pas. Adressez-vous au Japon ou aux États-Unis, si vous voulez. Pour le moment, allez au diable !
— Arrêtez-vous et mettez un canot à la mer, répliqua madame Murray. Je vous expliquerai tout. Sinon je vous suis jusqu’au bout du monde. J’ai un hotchkiss. Je ne prétends pas vous couler avec, mais nous décrocherons quiconque restera sur votre pont, à commencer par vous. Mettez un canot à la mer !
A ce moment, Weldon et Nathan, très pâles, essayèrent de monter sur la passerelle.
— C’est eux, continua-t-elle, je les reconnais. Ils veulent vous acheter. S’ils font un pas, je fais tirer !
Le capitaine du Sunbeam avait déjà poussé la manivelle de son canon et un premier coup partit en l’air. Les passagers crurent que leur dernier jour était venu. Le commandant, qui trouvait la scène simplement ridicule, dit pour en finir :
— On va mettre un canot à la mer ; je vous fais remarquer que vous servirez d’otages, voilà tout.