Le Sept, c’était le kilomètre sept, on commençait la corniche. Sur le talus précipité de la falaise, on construisait un mur à pic, on gagnait, sur la pente, la largeur d’une main par mètre. En élevant ce mur, on trouverait à la fin la place de deux rails.

Guilmain dit :

— Il est tombé un Chinois, hier. Il a roulé jusqu’en bas.

— Eh bien, dit le Chef, on a été chercher le corps ?

— Les autres, murmura l’ingénieur, y sont allés. Et c’est pour ça…

Il termina sa phrase encore plus bas, très bas. Le Chef eut un grand sursaut :

— On ne les a pas emmenés ! On ne les a pas emmenés ! Est-ce que je vous avais dit de ne pas les emmener ? Nous avions signé. Et vous avez caché leurs boîtes, sous la falaise ? Un beau cimetière ! Qu’on prenne les cargo-boats, les chalands, tous les bateaux de Matadi ; qu’on les enlève, qu’on les conduise à Boma, en attendant. Nous avions promis !

— On ne trouve pas, répondit Guilmain. C’est un sale fret. Les bateaux n’en veulent pas.


On avait promis aux Chinois de rapporter leurs cercueils en Chine, s’ils mouraient. Et on n’avait pas tenu parole. Le Chef n’en savait rien, et la superstition de cet homme d’affaires, né paysan, passé soldat, devenu remueur de mondes, lui imposait le respect des paroles données. C’est une règle de jeu. D’abord on ne triche pas. Ça porte même malheur, de tricher : on peut violenter les hommes, on ne les vole pas. Guilmain courba la tête sous un flot d’injures en français-wallon, magnifiques et terribles.