— Monsieur, mes sentiments pour monsieur Wilden sont exactement ceux que j’avais en pénétrant dans ce cabinet !
Ce n’était pas un mensonge, et Jacques, à son tour, par une réaction inévitable, faillit perdre la contrition apparente qu’il avait assumée. Berthe s’en aperçut, et brusqua sa sortie avec un grand tact.
La phrase ambiguë qu’elle avait prononcée n’avait pas échappé au magistrat. Il en prononça une autre :
— Madame, fit-il, vous jouez un jeu bien dangereux !
Ce fut comme une petite flèche qui lui entra dans le cœur. Un jeu dangereux ? Que voulait-il dire ? Mais déjà elle s’était reprise, et s’échappait. D’ailleurs M. Aubriot n’avait eu que l’ombre très légère d’un soupçon, et il se crut obligé de dire à Jacques Wilden, après le départ de sa femme :
— Voilà, monsieur, les tristes conséquences de votre légèreté !
— Croyez à ma reconnaissance, répondit Jacques, qui fut très digne, vous avez fait ce que vous avez pu !
Les deux parties se retrouvèrent sur le même pont du Châtelet, suivant leurs conventions, mais, cette fois, Jacques appela une automobile de place, et Berthe sourit : elle comprenait vers quel but maintenant on allait se hâter. Mais elle ne distingua que vaguement l’adresse donnée au chauffeur. Ils demeuraient enlacés, une volupté superflue leur venait encore de la rapidité de la course. L’automobile s’arrêta devant la porte d’un petit rez-de-chaussée, rue de la Bienfaisance.
— Mais, Jacques, fit Berthe, est-ce que ce n’est pas ici… la personne, voyons c’était là ?
— Oui, répondit Jacques, avec un front d’airain. Je l’avais loué pour trois mois. Et tu comprends…