Et elle songea : « Maintenant, je vais lui dire, bien clairement, que Jacques n’est plus rien pour moi… Et si j’y ajoutais quelques conseils de toilette, comme ce serait joli ! »
Mademoiselle Mercier, pressentant ce qu’elle allait dire, levait déjà les yeux humblement, avec gratitude. Dans ce mouvement ingénu, un souffle passa sur ses cheveux, et Berthe reconnut l’odeur qui s’en exhala, une odeur presque imperceptible, évanescente. C’était hier, pas plus tard qu’hier, presque à la même heure : la cigarette de Jacques, dont la fumée montait toute droite. Et ses cheveux, à elle, devaient être encore imprégnés de cette même odeur, ils l’avaient été au cours de leurs deux années de vie commune et amoureuse. Cela représentait de longues heures à deux, des heures de familiarité, de confidences, de caresses : bien plus que de caresses : de tranquillité silencieuse, heureuse, sous le même toit. Tout à coup elle éclata de rire, frénétiquement :
— Et vous croyez, cria-t-elle brutalement, qu’il pourrait vous garder, même si je voulais vous le rendre. Mais regardez-vous donc ! Regardez ça, ça et ça ! Écoutez-vous parler, jugez-vous ! Ah ! mademoiselle Mercier unie à monsieur Jacques Wilden pour autre chose que deux douzaines de coucheries, c’est trop drôle, en vérité c’est trop drôle !
Madeleine avait fondu en larmes :
— Et c’est tout, madame, c’est tout ce que vous avez à me dire ?…
— Pas autre chose ! cria Berthe, furieusement.
Quand mademoiselle Mercier fut partie, Berthe écrivit ces simples mots sur une carte-lettre : « Samedi, comme d’habitude. » Et elle descendit pour jeter elle-même cette carte à la poste : il ne fallait pas que la femme de chambre de M. Fauli sût qu’elle écrivait encore à M. Jacques Wilden.
Toutefois, le dimanche suivant, elle se montra, chez les Fischer, charmante avec Baër, et fort réservée à l’égard de M. de Fresquienne-Austreberte. Celui-ci affecta de ne pas même s’en apercevoir. Mais Baër fut enchanté. Il passait communément de la distraction à l’exaltation ; deux semaines plus tard, il était fou d’amour.