— Moi, dit-il, je trouve qu’elle est beaucoup mieux comme ça, la vieille !

Thérèse regardait toujours les deux moitiés de pain à cacheter… Elle se sentait le cœur gros, comme une petite fille dont un gamin méchant a fait exprès de tacher la belle robe. Et c’était cela aussi, par-dessus tout le reste : il se mêlait à son amertume indignée l’horreur de femme et de ménagère qu’elle éprouvait pour les choses abîmées ou en désordre.

— Enlève-les, dit-elle, je t’en prie !

C’est ici que M. Lebeschard aurait dû céder. Il y avait dans cette requête les éléments d’un traité. En faisant lui-même disparaître ces deux souillures malséantes il ne reconnaissait pas ouvertement qu’il avait eu tort, et on ne le lui demandait point. Mais d’autre part, il accomplissait d’un bon cœur apparent la seule chose dont il fut prié, et pouvait signer une paix honorable. Thérèse, qui n’y avait peut-être pas songé, lui offrait en tout cas l’occasion de battre en retraite. Par malheur, manquant d’à-propos, il s’obstina :

— Pourquoi faire ? répondit-il. Puisque je te dis que je trouve que c’est mieux comme ça.

Ainsi, après le premier choc, ils continuaient de s’affronter. Avec la mémoire confuse de mille piqûres lancinantes qu’elle croyait avoir oubliées, qu’elle avait fait tous ses efforts pour oublier, remontait au cœur de Thérèse un flot de désespoir et de haine : « Ce sera toujours la même chose ! Ce sera toujours la même chose ! Je serai toujours malheureuse ! »

— C’est bien ! fit-elle, en serrant les lèvres.

Elle mit une chaise contre le mur et monta dessus, son mouchoir à la main. Mais elle n’atteignait que difficilement la place dont elle voulait arracher les souillures, eut peur de tomber, se raccrocha maladroitement à un coin du cadre. Le clou de suspension, mal fixé dans le plâtras du mur, s’ébranla sous les secousses, et tout s’écroula.

— Ah ! fit-elle, d’un grand cri.

Elle s’était rattrapée à la paroi, et demeurait tremblante.