— Pardon, madame ; mais il est indispensable que les jeunes gens de son âge apprennent à faire, pour leur bien et pour la formation de leur caractère, certaines choses qui les ennuient, sans danger d’ailleurs pour leur santé.

— Oh ! je ne me résoudrai jamais à contrarier mon enfant, et si vous ne pouvez pas le dispenser de jouer…

— Eh bien, madame ?

— … je serai obligée de le retirer.

— Madame, le portier va sonner le F. Linger, qui, dans un instant, viendra prendre vos ordres pour faire les paquets de votre enfant. Je vous offre mes respects, madame, et vous souhaite bon voyage. »

La dame n’avait pas compté sur une solution si prompte, ni si radicale ; mais il était trop tard pour reculer et elle emmena son chéri. Trois semaines après, tous deux revenaient assez penauds, elle demandant qu’on voulût bien reprendre son fils résolu à tout, le fils promettant de jouer comme tout le monde. Aujourd’hui, il surveille une division dans le même collège et applique des notes salées aux élèves que le jeu ennuie.

Si tu racontes ce trait à nos amis du lycée, ils crieront à la tyrannie, à l’abrutissement : « Qu’on essaye un peu de nous imposer cette balançoire-là ! » On ne l’essayera pas, faute de deux éléments indispensables de réussite : la bonne volonté des élèves et le savoir-faire des maîtres. Le cas ci-dessus est une exception. Les Pères savent très bien que le plaisir au jeu ne se commande pas : mais ce plaisir, ils s’ingénient à le provoquer par un ensemble de moyens pratiques. Ils ont leurs livres de jeux qu’ils étudient, leurs traditions qu’ils se transmettent. Ils intéressent directement les élèves à l’organisation du matériel et au maintien des règles par la création de questeurs, de chefs de camp et autres dignitaires, toujours fiers de leur charge et respectés. Ils s’ingénient à varier ces divertissements selon les saisons et les autres circonstances, afin de prévenir la satiété. Ils ne leur ménagent pas les encouragements de tout genre. Ils y prennent de leur personne une part active, et l’on pourrait dire de maint surveillant, dans des luttes mémorables, que

lui-même il sonna la charge,

Fut le trompette et le héros.

J’en aurais encore long à te raconter sur ce sujet, qui, je l’avoue, me passionnerait facilement : mais voilà déjà trop longtemps que je bavarde. Plus tard, je te décrirai une de nos fêtes de jeux.