Adieu, mon frère Louis ! Tiens bon, et quand tu te sentiras sur le point d’enfoncer, regarde l’étoile de la mer : Marie ne te laissera pas périr.
Paul.
42. De ma sœur et de ma mère.
27 juin.
Mon frère le houx,
Je t’envoie pour la Saint-Paul un écrin, le plus joli que j’ai pu trouver : toutes mes économies y ont passé, mais je ne regrette que d’en avoir eu si peu ! Sur le dessus, tes initiales en argent. A l’intérieur, ton portrait authentique : une miniature, peinte sur émail par une artiste dont le talent, hélas ! n’égale pas le bon vouloir. Si j’avais pu, j’aurais mis sur mes pinceaux, en guise de couleurs, toute mon âme. C’est un houx en fleur, pris sur nature, avec toutes ses feuilles dehors. Seulement, pour garder au portrait sa vérité historique actuelle, j’ai dû remplacer chacun des piquants par une petite perle.
Au-dessus, dans un nuage brillant, Marie présente l’Enfant-Dieu, qui ouvre ses deux petits bras vers l’arbuste avec un sourire de complaisance. Dans le coin, à l’ombre du houx, une pauvre rose blanche, sur sa tige encore armée de plusieurs épines (il n’en est tombé que deux ou trois), implore timidement un reflet du divin sourire.
Faut-il t’expliquer l’apologue ? Je préfère m’en remettre à ta perspicacité naturelle. Quant à ta modestie, elle s’en tirera comme elle pourra : je ne suis pas chargée de la sauver du naufrage, surtout en un jour de fête comme celui-ci, où l’on a le droit de tout dire et de tout faire aux gens qu’on aime bien.
Et je t’aime de mieux en mieux, mon grand frère, à mesure que, grâce à ton affectueuse influence, je deviens plus sérieuse, à mesure aussi que je vois la conduite de Dieu sur toi. Je le remercie tous les jours de t’avoir retiré des dangers que tu courais ici, pour te mener dans un port sûr.
Papa l’indiscret, qui vient lire par-dessus mon épaule ce que je t’écris, me charge de te souhaiter joyeuse fête et s’étonne que, cette année, contrairement à toutes tes vieilles habitudes, tu ne lui aies pas encore manifesté tes préférences, pour le cadeau qu’il te fait toujours à cette date. Demande ce que tu voudras : tu auras le double… Pas vrai, petit papa ?… Il me tire l’oreille : c’est une façon de dire oui.