Je prie pour toi et je t’embrasse une immensité de fois.
Ta sœur,
Jeanne.
— Quels vœux de fête, mon cher Paul, attends-tu de ta mère ? Selon les idées courantes, je devrais te souhaiter santé, talents, succès, chances d’un bel avenir : mais tout cela, Dieu te l’a donné. Il t’a donné mieux encore : la volonté de bien faire et l’intime joie de la bonne conscience. Il ne me reste à te souhaiter, mon enfant, qu’une profonde reconnaissance pour tout ce que tu as reçu et un ardent désir de le faire fructifier pour la gloire de ton divin Bienfaiteur, pour ton propre bonheur et pour la consolation de ceux qui t’aiment. Ces sentiments sont déjà dans ton cœur, grâce à la direction nouvelle que ta vie a prise, depuis bientôt un an : je demande tous les jours au bon Dieu de les y développer et de parfaire en toi son œuvre.
Je sais bien qu’en faisant cette prière, je fais de l’égoïsme, puisque ton bonheur sera le mien : mais c’est de l’égoïsme bien naturel et, je pense, permis, puisque la mère et l’enfant ne font qu’un.
Ton père et moi, mon cher Paul, nous sommes contents et même un peu fiers de toi. Je te dis cela en grande confidence, non pas pour t’enorgueillir — l’orgueil est la chose du monde la plus vilaine et la plus sotte — mais pour t’encourager à monter encore.
Quant à Jeanne, il est certain que ton changement si complet et ton affection si fraternellement sérieuse ont eu sur son caractère la plus heureuse influence. Elle ne veut pas faire moins que toi. Sur sa jolie miniature, la petite rose blanche n’a perdu que deux ou trois épines : mais j’ai compté mieux qu’elle et puis te dire, en toute vérité, qu’elle en a cassé bien davantage. Ce qui lui en reste, n’est presque plus rien : tu pourras le constater bientôt de tes yeux.
Dans un mois nous serons bien près de nous revoir — et alors pour longtemps. Quelle joie, sans aucun mélange cette fois !… Je me trompe, hélas ! Ton père, pourtant si bon, n’est pas encore tout à fait à l’unisson de nos âmes. C’est un dernier nuage dans notre beau ciel de famille : mais les nuages ne durent pas toujours et papa ne résistera plus bien longtemps, je crois, à la grâce qui le sollicite. Ses anciens préjugés contre la religion et les prêtres sont bien ébranlés. Continue à prier pour lui, mon enfant.
Ta mère qui t’aime et te bénit.