Prions pour eux, mon ami. Prie pour moi.
Ton frère,
Louis.
P.-S. — Je serais curieux de savoir ce que les Jésuites feraient dans des cas pareils à ceux que je viens de te raconter. Renseigne-toi.
45. A Louis.
5 juillet.
Mon cher Louis,
Je me suis renseigné, suivant ton désir, et voici ce qu’on m’a raconté comme un fait absolument historique.
Il y a quelques années, le P. Surveillant d’une division de grands élèves à l’école de *** en soupçonna un d’avoir introduit dans la maison un livre dangereux : il observa de près le suspect et finit par saisir dans son pupitre un de ces imprimés que le règlement interdit sous peine formelle d’exclusion. La faute était flagrante : le coupable fut rendu à sa famille.
Mais il laissait à l’école des amis que son renvoi irrita : ils se le témoignèrent mutuellement, les têtes s’échauffèrent peu à peu et une petite révolte s’organisa. A l’étude, on piqua une muette, c’est-à-dire qu’on ne répondit pas à la prière dite par le Surveillant. Quand il entrait ou sortait, un murmure sourd grondait à travers la salle et les pieds frottaient contre le plancher. En récréation, sur son passage, des groupes scandaient à mi-voix les trois syllabes de son nom sur l’air des Lampions.