Après un peu de récréation en commun, on remonte en chaire pour un temps plus ou moins long, qui va jusqu’à deux heures ou deux heures et demie dans les cours inférieurs. Dans les cours supérieurs, ce sont les Pères Surveillants qui enseignent les matières accessoires, pour rompre la monotonie énervante de leurs fonctions habituelles. Quant aux professeurs de littérature ou de philosophie, on ne les voit guère promener les loisirs qu’ils peuvent avoir : ils les emploient, dans le secret de leur cellule, à la préparation de leur cours et à la patiente correction de nos devoirs. Cette seconde besogne surtout, de l’aveu du nôtre, est parfois rude. Je le crois sans peine, en constatant le soin qu’il met à annoter pratiquement nos chefs-d’œuvre d’apprentis et l’exactitude parfaite avec laquelle il nous en rend compte, aux premiers de la classe jusqu’au dernier, sans y manquer un seul jour. Mais aussi, quel merveilleux stimulant pour tous !
Cela, c’est le quotidien. Mais que de tâches supplémentaires viennent s’y greffer dans le courant de l’année ! Compositions, examens, concertations, sabbatines, académies, séances récréatives, pièces et fêtes à la grande salle, que sais-je encore ?
Mais de plus, en dehors de ces travaux scolaires, les Pères n’oublient pas qu’ils sont prêtres et qu’ils appartiennent à un ordre apostolique. Leur zèle des âmes fait encore trouver aux plus occupés, à certains jours, le temps d’aller exercer le ministère sacré en ville ou à la campagne, de s’employer activement aux œuvres de charité, d’écrire pour les simples et pour les savants.
Au collège même, bon nombre d’entre eux prêchent, confessent, dirigent les consciences. Chaque division a ses trois confesseurs attitrés, auxquels chaque élève est libre d’aller porter, quand il veut, ses ennuis, ses misères et ses difficultés, et tu peux croire qu’à certains jours, étant donné le besoin naturel d’expansion que crée la vie renfermée de pensionnaire, cet emploi de Père spirituel n’est pas une sinécure. Je connais tel directeur qui, en dehors de ses occupations journalières, passe régulièrement deux heures à son bureau de consolation.
Que dire encore ? Leur famille, c’est nous ; leur avenir, c’est nous ; le but de toute leur vie, vie de dévouement et d’abnégation, c’est nous.
Tout cet ensemble place l’autorité de nos maîtres religieux à une hauteur où des laïcs, même chrétiens, ne sauraient prétendre et qui écrase à plat tes maîtres sans Dieu ni foi. Et comment veux-tu qu’on fasse des émeutes contre de pareils hommes ? Elles sont un non-sens.
Ce qu’il fallait démontrer.
Ton ami,
Paul.