Quelqu’un que je plains sincèrement dans cette affaire, c’est le brave abbé X…, l’aumônier. Ma mère, qui l’a vu, m’écrit qu’il en couve une maladie. Le proviseur lui a fait le reproche de n’avoir rien empêché. Je trouve que ce proviseur a du toupet. Il devrait se souvenir qu’il a toujours été le premier à voir dans l’aumônier la bête noire de son établissement et qu’il a entravé de toute manière, sous prétexte de liberté de conscience, l’action du prêtre sur les élèves. Est-ce que l’abbé X… nous connaissait ? Est-ce que nous le connaissions ? Les reproches du proviseur lui retombent à lui-même sur le nez : car, tout injustes qu’ils sont, ils prouvent que le malheureux sait où serait le remède.
J’ai entendu raconter ici que M. Duruy, étant grand-maître de l’Université de France, avait eu un jour la curiosité de voir l’École des Pères de la rue des Postes. Le P. Recteur se fit un plaisir de le mener partout. A mesure que le Ministre examinait les diverses parties de la maison, études et classes, laboratoire de chimie et cabinet de physique, dortoirs et réfectoires, etc., il comparait avec l’Université en disant : « Nous avons mieux… Nous n’avons pas si bien. »
En sortant, on parla de la moralité. Le Ministre demanda au R. Père s’il n’avait pas à s’en plaindre.
« Dans certains cas exceptionnels et isolés, répondit le P. Recteur, oui ; dans l’ensemble, non.
— Comment faites-vous, mon Révérend Père ? Car enfin ces jeunes gens de dix-sept à vingt ans, et vous en avez beaucoup…
— Quatre cents.
— … ils ne sont pas bâtis autrement que les nôtres : ils ont les mêmes passions, contre lesquelles toute leur bonne volonté peut quelquefois échouer.
— Sans doute, Excellence, mais nous avons un moyen.
— Puis-je savoir lequel ?
— Chacun de ces jeunes gens se choisit, parmi les prêtres le plus expérimentés de la maison, un directeur de conscience, à qui, dans les heures mauvaises, il est toujours libre de demander conseil et réconfort, qui le relève et le soutient en toute occasion. C’est ce que nous appelons le Père spirituel.