Votre Paul.

53. De mon père.

4 août.

Mon fils,

Je te félicite d’avoir obtenu la mention bien et de n’avoir obtenu que celle-là : si tu avais eu la faiblesse de renier tes maîtres, je t’aurais renié toi-même. Mais tu n’étais pas capable d’une pareille vilenie !

Je suis très content du prix que tu attaches à leur estime et des sentiments de reconnaissance que tu as pour eux : ils les méritent de toute manière, et j’écris aujourd’hui même pour les remercier de tout ce qu’ils ont fait pour la culture de ton intelligence et de ton caractère.

Oui, ta mère et moi nous savons que tu n’as pas perdu ton temps au collège : nous l’avons constaté de nos yeux et par tes lettres. Sois bien rassuré là-dessus : tu as droit à toute notre satisfaction, et, pour ma part, je ne souhaite pas mieux que de te la témoigner d’une façon qui te soit agréable.

La demande très sérieuse que tu m’adresses ne m’a ni fâché ni surpris, venant de toi. Je reconnais tes bonnes intentions, mon cher Paul : elles m’ont touché. Tu sais d’ailleurs que je ne suis pas hostile à la religion : je vais à la messe, les jours de fêtes concordataires. Pour te faire plaisir, j’y conduirai ta mère et ta sœur dimanche prochain, peut-être même les dimanches suivants.

Mais ne m’en demande pas davantage pour l’instant : la poire n’est pas mûre. Et pour te prouver en même temps ma bonne volonté et ma confiance, je te dirai encore ceci, à toi seul : « Je sais que ma situation n’est pas régulière, et j’espère bien ne pas mourir avant de l’avoir régularisée : mais cette opération, je veux la faire librement et loyalement, quand je me sentirai dans les dispositions convenables pour qu’elle ne soit pas un acte de simple complaisance ou, ce qui serait pire, d’hypocrisie. »

Je respecterai ton refus de tout autre cadeau pour ta fête ; mais je tiens à étrenner ton premier diplôme et, me rappelant certains désirs exprimés jadis en conversation, j’ai pensé te donner une triple joie en te chargeant de conduire à Lourdes ta mère et ta sœur. Elles iraient te couronner mardi et partiraient avec toi, le soir même de la distribution des prix. Vous prendriez le chemin des écoliers et une dizaine de jours, que je passerai seul à attendre votre retour. Vous prierez bien pour moi la bonne Vierge, que j’ai toujours un peu aimée.