Est-ce entendu ?… Qui ne dit mot consent. Je t’embrasse, mon cher fils, en attendant.

Papa.

54. De ma sœur Jeanne.

5 août.

Très honorable bachelier et très aimé frère,

Qu’as-tu demandé à papa ? Nous n’en savons rien, ni maman ni moi ; mais nous le devinons. Ta lettre est arrivée le soir, pendant le dîner ; il l’a ouverte aussitôt et nous a lu ton histoire du très bien, manqué par le fait de ce stupide examinateur. Qu’est-ce que c’est que cet homme-là ? Et d’abord, est-ce un homme ? Je lui donne une figure de vieux singe, avec une tomate mûre au bout de la chose qui lui sert de nez : puisqu’il est grincheux et injuste, il ne peut qu’être laid à faire peur. Quant à son cœur, s’il en a un, il doit l’avoir dans l’estomac, à moins que ce ne soit dans ses chaussures : car s’il le portait à la bonne place, est-ce qu’il ne t’aurait pas admiré, quand tu risquais si crânement ta peau d’âne, plutôt que de cacher ton titre d’élève des Jésuites ? Lorsque papa nous a lu ta réponse, je n’ai pu m’empêcher de dire :

« Bravo, petit frère !

— C’est notre vrai Paul, ajouta maman.

— Ce garçon-là sera un homme », compléta papa ému. Puis, à mesure que tu parlais de ta reconnaissance et de ton estime pour les Pères : « Il a raison, intercalait-il, il a raison ! »

Puis : « Ah ! voilà enfin la question du cadeau de fête arriéré ! Qu’est-ce qu’il va me demander ? » Mais après nous avoir lu encore deux lignes, soudain il se tut ; sa mine devint très sérieuse ; à deux ou trois endroits, je vis que ses yeux le picotaient. Quand il eut fini, il plia ta lettre et la mit dans son portefeuille sans un mot.