Ta sœur,

Jeanne.

Merci, mon Paul, de toutes les joies que tu nous donnes — et de celles que ton cœur de fils aimant et chrétien nous réserve encore. Je serai bien heureuse de jouir avec toi des petites gloires dont Dieu récompense ton travail persévérant et d’aller, sous ta protection, remercier ta bonne Souveraine des grâces que nous lui devons.

Ta mère.

55. A Louis.

16 août.

Mon cher Louis,

Je ne te décrirai pas ce que j’ai vu à Tours, Poitiers, Bordeaux, Biarritz, Pau et autres lieux célèbres, où nous avons passé : ces belles choses, tu les trouveras toutes imprimées dans de beaux livres. Il y manquera pourtant le charme qu’on éprouve à les visiter en compagnie de personnes intelligentes et aimées.

Ma mère supporte bien le voyage ; ma sœur, joyeuse comme un pinson, est aux petits soins pour maman et pour Bibi. Quant à Bibi, pénétré qu’il est de ses graves devoirs de conducteur responsable, il s’applique à les remplir avec la conscience et le savoir-faire qu’ils réclament. Nous n’avons encore été ni écrasés, ni empoisonnés, ni volés, et n’avons pas manqué un seul train. Sans moi, qui sait tout ce qui aurait déjà pu nous advenir de fâcheux ? Pour sûr, j’en aurai de l’orgueil, si cela dure.

Voilà deux jours que nous sommes à Lourdes. C’est Lourdes que je voudrais te décrire : mais comment faire ? Il y a ici, en dehors des choses qui se voient, tant d’autres que le cœur seul peut sentir, sans pouvoir les exprimer.