En ce qui regarde ma personne, je me sens bien résolu avec la grâce de Dieu à poursuivre la lutte contre tout ce qui grouille encore en moi, mais épouvanté aussi, en songeant au peu de temps qui me reste (trois mois à peine !) pour achever la victoire et pour fixer mon avenir.

Que sera mon avenir ? C’est la question troublante. Je veux être soldat : je ne saurais, avec mon tempérament, songer à autre chose. Mais sous quel drapeau ? Je paierai comme tout le monde l’impôt du sang à la patrie ; mais la carrière militaire ne me tente pas : on y est trop passif, trop machine. Restent les luttes de l’intelligence, de la parole, de l’action publique. Serai-je professeur, écrivain, avocat, homme politique ou… jésuite ? Voilà le grave problème que ce dernier trimestre devra résoudre. Que Dieu et Notre-Dame me viennent en aide.

17 avril. — Conversation intime avec Jean. Je veux la conserver telle quelle.

« Mon gros, j’ai à te faire une confidence.

— Quelque mauvaise plaisanterie !

— Est-ce que tu ne trouves pas que nous commençons à passer l’âge des blagues ?

— Tiens ! Tu as un air spécial aujourd’hui. C’est donc sérieux ?

— Très sérieux. Écoute et tais-toi.

— Je fais le mort : parle.

— Nous n’avons plus que trois mois…