— Une lettre vient de m’apporter le consentement que je leur avais demandé aux vacances dernières. Je suis libre de partir dans trois mois, si la retraite de fin d’études, au mois prochain, ne modifie pas mes résolutions. Elle ne les modifiera pas, s’il plaît à Dieu.

— Et tu partiras sans regret ?

— Je n’ai pas dit cela. Mon cœur n’est pas un caillou, tant s’en faut, et il m’en coûtera énormément de quitter ma famille, mes amis, toi… »

Un sanglot me secoua et mes larmes jaillirent. Il me prit la main :

« Mon pauvre Paul, de toute façon nous devions nous séparer, à la fin de cette année, à moins que tu ne m’accompagnes.

— Oh ! je ne suis pas digne.

— J’en avais dit autant au P. Directeur ; il m’a répondu : « L’appel de Dieu étant une pure faveur, personne n’en est digne. Sommes-nous dignes de communier ? Non, et pourtant Dieu nous y convie avec instances. Il est le Maître : quand il appelle, il faut obéir. » Mon cœur me dit depuis longtemps, à n’en plus pouvoir douter, qu’il m’appelle à lui donner tout, tout, tout, et, après mûr examen, ceux qu’il a chargés du soin de mon âme sont du même avis : dès lors, je n’ai pas le droit d’hésiter. S’il t’appelait dans ces conditions, hésiterais-tu ?

— Non.

— Eh bien, mon cher ami, ne me blâme pas…

— Oh ! je n’y songe point.