Quand le Père s’aperçut que la route commençait à nous paraître longuette, il nous apprit à fabriquer instantanément, avec une simple cupule de gland, convenablement serrée entre les dernières phalanges de l’index et du médius, un fifre naturel. Nous organisâmes sur place une marche militaire, qui mit en émoi tous les échos endormis de la vallée et nous fit complètement oublier la fatigue.

Une brave fermière, au sortir de la forêt, nous offrit en réconfort un bol de lait délicieux, et bientôt nous reposions nos membres rompus (nous ne le sentîmes qu’alors), sur les banquettes de bois du train, qui nous parurent douces.

En route, Louis me dit à l’oreille :

« Excellence, voilà encore un bon usage à introduire dans votre Université !

— Je n’y manquerai pas, dès qu’elle aura des Congréganistes comme toi. »

21 mai : Pentecôte. — Louis a fêté aujourd’hui avec émotion le premier anniversaire de son retour à Dieu. Dans la journée, au nom de sa mère (je n’ai pas osé leur faire le chagrin de refuser), il m’a prié d’accepter comme souvenir un très beau petit Christ en vieil argent, avec date et signatures gravées au revers. L’excellent cœur ! Dieu ne pouvait pas le laisser dans la voie où il se perdait.

28 mai. — Hier samedi soir, l’Association de St.-X. a clôturé ses réunions de semestre par une conférence de son Président, dont le sujet a très particulièrement intéressé les plus jeunes auditeurs, philosophes et rhétoriciens. C’était « la jeunesse et ses détracteurs. »

Les détracteurs, soit dit en passant, ne venaient guère là que par manière de précaution oratoire : car, en réalité, ce discours, quoique fort discret et fort délicat, renfermait à l’adresse des jeunes moins de compliments que de leçons. C’est précisément ce qui lui donnait sa valeur pratique.

On reproche donc à la jeunesse chrétienne de dix-huit à vingt-cinq ans (il ne s’agit que de celle-là) de ne rien faire pour la cause de Dieu. Formulé d’une façon aussi générale, le reproche paraît excessif : l’orateur n’a pas grand’peine à le prouver, en faisant un rapide tableau des œuvres d’assistance, d’instruction, de moralisation, auxquelles se dévouent nos camarades sur tous les points de la France.

Mais il faut l’avouer — et voici déjà la leçon — parmi ceux qui font quelque chose pour Dieu et le prochain, plusieurs pourraient faire davantage, s’ils avaient moins peur de sacrifier un peu de leur plaisir ou de leur loisir, moins peur aussi de se compromettre franchement pour la bonne cause. Égoïsme et respect humain.