L’éloquence me souriait ; pour la politique, il faudrait « voir unm peu », comme disait le bon Frère dépensier de l’an passé, quand on lui réclamait un supplément de dessert que ses moyens ne comportaient peut-être pas.
4 juin. — Nos petits pauvres ont fait dimanche dernier leur première communion à la paroisse. Aujourd’hui ils viennent au collège, tout fiers des beaux costumes qu’ils nous doivent et accompagnés de leurs familles. Messieurs leurs Catéchistes les introduisent dans la chapelle, aux places des élèves. Le P. Directeur, après quelques bons avis aux enfants et aux parents, dit la messe d’action de grâces, pendant laquelle plusieurs artistes de bonne volonté charment ces braves gens de leurs plus beaux accords.
Au sortir de la chapelle, devant le portail, le P. Directeur proclame solennellement les places d’excellence pour toute l’année, et chaque enfant, selon son rang, vient recevoir du P. Recteur un souvenir pieux et deux baisers. L’un des gamins que le Père avait oublié d’embrasser, ne manqua pas de revenir à la fin, conduit par sa mère, pour réclamer son dû. La cérémonie se termine par une distribution de dragées, que tous, jeunes et vieux, acceptent avec plaisir, et l’on s’en retourne content, après avoir chaleureusement remercié les Pères et ces Messieurs.
Après vêpres, nos enfants partent pour la campagne, sur deux rangs, sous la conduite du Père et des Catéchistes, escortant une charrette précieuse, qu’il ne ferait pas bon attaquer. Elle porte leur goûter.
Sur l’herbe de la villa, jeux variés, où le problème du rapprochement des classes reçoit une solution facile. Il en est de même au goûter qui suit : les Catéchistes président les tables et font eux-mêmes honneur aux plats avec un appétit aussi démocratique que celui des enfants. Le Président toaste, une fois encore, à la santé de tout le monde ; chacun orne sa boutonnière et sa casquette d’une fleur cueillie au jardin des Pères et l’on reprend gaiement le chemin de la ville.
Avec mon petit toast a expiré ma présidence : elle m’avait valu quelques joies innocentes, sans parler des honneurs. Un Président de catéchisme d’enfants pauvres n’est pas encore un Montalembert ni un Garcia Moreno : mais petit poisson deviendra grand et tout chemin conduit à Rome.
9 juin. — Procession solennelle dans les cours du collège, en l’honneur du Sacré-Cœur. En avant, derrière la croix, marchent sur deux rangées les divisions d’élèves, avec leurs bannières de Congrégation et de classe. Le clergé en ornements d’or et de soie précède immédiatement le dais, sous lequel le P. Recteur porte le Saint-Sacrement, suivi des premiers communiants et des fidèles.
Le cortège s’avance lentement, au milieu de la verdure et des fleurs, des draperies et des écussons, des guirlandes et des oriflammes aux couleurs variées. Chaque division s’est ingéniée à décorer ses frontières et à dresser partout de petits autels pittoresques, où tout, jusqu’aux instruments de jeu, se convertit en hommage au divin Maître qui passe.
Dans la grande cour, dominée par la statue de Notre-Dame, se dresse le reposoir principal. Notre-Seigneur y monte, escorté de ses prêtres, et là, exposé entre les lumières et les fleurs, il appelle à lui toutes les adorations. En bas, les divisions forment un vaste cercle, encadrant les soixante enfants de chœur, qui, selon de savantes figures, balancent leurs encensoirs et jettent des roses effeuillées. Puis le Tantum ergo éclate, chanté par plusieurs centaines de voix et accompagné des sonores accents de la fanfare : vrai chant de triomphe qui vous empoigne au cœur et vous arrache les larmes. Quand le prêtre a récité l’oraison, tous les genoux plient et la bénédiction du Très-Haut descend sur la foule profondément recueillie.
De retour à la chapelle, avant que le tabernacle reprenne le divin prisonnier, toute l’assistance implore sa miséricorde pour son peuple : Parce, Domine, parce populo tuo ! Et pendant que la longue théorie des enfants de chœur et des prêtres s’écoule avec une majestueuse lenteur vers les sacristies, les élèves jettent encore vers le ciel avec un élan superbe le refrain patriotique et chrétien :