Dieu de clémence,
O Dieu vainqueur,
Sauvez Rome et la France,
Au nom du Sacré-Cœur !
Les incrédules et les sectaires peuvent rire de ces manifestations pieuses, renfermées dans les murs d’un collège : ils ne savent pas ce que vaut la prière d’une seule âme qui aime vraiment Dieu, ni combien eux-mêmes pèseront peu devant lui, le jour où il voudra les balayer d’un souffle.
Quant à moi, cette belle fête a augmenté ma confiance en Dieu et affermi ma résolution de le servir comme il voudra que je le serve.
13 juin. — Ce soir, ouverture de la retraite. Je ne la vois pas venir sans anxiété : comment pourrait-il en être autrement, puisqu’elle doit décider de l’orientation de toute ma vie ? Mais la paix est promise dès ce monde aux hommes de bon vouloir : j’y porterai le mien tout entier et j’espère que tout ira bien. Mon directeur me l’a promis et je compte sur les prières de ceux qui m’aiment.
D’ailleurs, depuis quelques semaines, j’ai beaucoup réfléchi et je pense avoir en main les éléments indispensables d’un bon choix : la grâce de la retraite fera le reste.
18 juin. — C’est fait et réglé : je ne serai pas jésuite.
Oh ! je n’en ai pas pris mon parti sans lutte et sans déchirement de cœur. Le P. Prédicateur nous avait successivement dépeint d’une manière si convaincante le grand devoir du salut éternel, les difficultés qu’un jeune homme rencontre dans le monde d’aujourd’hui, la sublimité du sacrifice de tout soi-même à la gloire de Dieu et au bien des âmes, que j’ai senti renaître en moi le dégoût des choses matérielles et le désir de prendre le chemin à la fois le plus sûr et le plus généreux. Tout ce que le Père nous disait là-dessus, mon esprit le voyait comme réalisé d’avance dans mon ami Jean ; je me figurais son bonheur et je me demandais encore pourquoi je ne le partagerais pas.