Paul.
9. Au même.
23 octobre.
Mon cher ami,
J’ai la réponse à la grave question qui terminait ma dernière lettre : je la tiens du P. X***, qui est l’aumônier de la division des grands. Je te dirai tout. Tu n’es pas un bigot, oh ! non ; mais tu n’es pas non plus un impie. Moi, en ce moment, je serais bien embarrassé de me définir… Une bouteille à encre !
Voyons, que je reprenne le fil de mon récit. Donc, hier, dans l’état d’âme pénible où je t’ai dit que j’étais, je fus appelé pour la première fois chez le Père X***. Mes voisins, les anciens, y étaient allés l’un après l’autre, dès les premiers jours, — « pour se remonter l’horloge », me disait l’un d’entre eux. La chose se fait très simplement. Quand l’élève facteur passe dans l’étude (car il y a un service postal organisé pour la correspondance des élèves avec les maîtres), on glisse dans sa boîte un billet, par lequel on demande à être appelé. Il n’y a que les aumôniers et les supérieurs qu’on ait le droit d’aller voir dans leur chambre.
J’entrai assez inquiet, comme tu peux le penser, et parfaitement résolu à ne pas me laisser confesser. A ma grande surprise, il ne fut pas question de cela. Le Père m’accueillit comme avaient fait et le Père Recteur et mon professeur, avec une gravité simple, affectueuse, mais laissant percer davantage le prêtre. Il s’informa très aimablement de ma santé, de mes difficultés d’acclimatation, de mes succès, me demanda si j’avais trouvé de bons amis et si j’étais bien avec tous mes maîtres, m’encouragea en quelques mots paternellement fermes à continuer de remplir mon devoir en jeune homme raisonnable et chrétien.
Je ne sais comment je me laissai aller à lui dire que je voulais bien être raisonnable, mais que, d’être chrétien, cela me gênait davantage. Cet aveu me valut encore un de ces regards déconcertants, comme ils en ont tous, qui font penser qu’ils vous lisent au fond de l’âme. Je dus rougir un peu :
« Vous croyez donc, mon fils, qu’il y a bien loin d’un garçon raisonnable à un bon chrétien ?
— Je le crains.