— C’est une erreur : il n’y a qu’un pas, et ce pas, vous le ferez, s’il n’est pas fait, parce que vous me semblez homme à marcher droit. D’autres, parmi vos camarades, l’ont fait avant vous et ne sont aujourd’hui parfaitement raisonnables que parce qu’ils sont résolument chrétiens.

— Je vois bien de qui vous parlez ; ils m’étonnent assez, tous les jours. On dirait que rien ne leur coûte ni ne leur pèse. Comment font-ils ?

— Mon enfant, ils aiment leur devoir parce qu’ils aiment le bon Dieu et qu’ils prient.

— Je ne sais pas prier et je ne connais guère le bon Dieu.

— Est-ce que vous n’avez pas fait votre première communion ?

— Mais si ; je l’ai même bien faite : je m’en souviens quelquefois à la chapelle.

— Et vous étiez heureux, en ce temps-là ?

— Comme je ne l’ai plus jamais été depuis.

— Il dépend de vous, mon cher enfant, que ce passé redevienne le présent. Mais, écoutez-moi bien : ce changement doit se faire dans la pleine liberté de votre raison et de votre cœur. Vous êtes d’âge à réfléchir et à vous déterminer, non point par pur sentiment, mais par conviction raisonnée. Dans quelques jours, la retraite annuelle de rentrée vous fournira l’occasion de vous étudier, de chercher ce qui vous manque et de faire en connaissance de cause votre choix libre et définitif. Jusque-là, soyez simplement raisonnable ; si vous ne pouvez encore prier, je le ferai pour vous. Et s’il vous arrive des ennuis, revenez causer avec moi. Est-ce convenu ? »

Je le promis, sans peine, et il me sembla que je sortais le cœur plus léger, quoique sans absolution.