Cordialement à vous,
R.
II. Le R. P. Jean à M. Paul Ker.
Des bords de la mer, juillet 1903.
Mon cher Paul,
Ta proposition est venue me surprendre dans la demeure hospitalière, où, par la grâce de M. Combes, j’attends paisiblement la fin de la tourmente. Elle est située sur une falaise rocheuse, au pied de laquelle, en ce moment, les vagues déferlent avec fracas ; mais le roc est solide, et tout ce bruit ne sert qu’à me rappeler la parole de foi du grand-prêtre Joad :
Celui qui met un frein à la fureur des flots,
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Quand Dieu dira-t-il à nos jacobins son halte-là ? Quand il le voudra. Notre devoir à nous, provisoirement, est celui du soldat toujours attentif, même sous la tente, au coup de clairon qui le rappellera au combat.
Mon poste est marqué d’avance dans les collèges, dès qu’ils se rouvriront à la liberté. J’aime la jeunesse malgré ses défauts, et, au risque de trouver dans le beau métier d’éducateur quelques déceptions, je lui donnerai de grand cœur le reste de ma vie. La déception, d’ailleurs, nous guette plus ou moins, au bout de n’importe quelle entreprise humaine ; mais une mauvaise récolte n’empêche pas le laboureur de reprendre son dur travail dans l’espoir d’une année plus heureuse… Et nous travaillons pour Dieu !