Les vingt années qui suivirent 1880 ont fourni à nos annales des preuves consolantes de la solidarité apostolique et fraternelle qui, dans les grands périls, unit le clergé séculier et régulier. Nombre de prêtres dévoués, mêlés à de vaillants laïques, sont venus remplacer les proscrits et enlever à nos ennemis la satisfaction de voir nos collèges s’effondrer. La plupart, faisant abnégation de leurs idées personnelles, ont compris que l’honneur des nouveaux maîtres et leur succès même auprès des familles réclamaient d’eux la fidélité à nos traditions ; nous en avons connu qui les ont gardées avec une intelligence et une rigueur dignes de toute notre reconnaissance. Quelques-uns, dans de bonnes intentions, ont voulu faire différemment ; ce qui s’en est suivi, les regarde.
Toujours est-il que, reprocher à des éducateurs, placés dans des conditions si précaires, de n’avoir pas opéré une série de prodiges, cela touche à la dérision. Nous sommes sûrs d’en avoir au moins opéré un, qui compte pour plusieurs : nous avons failli faire peur à l’Université ! Si elle trouve que c’est peu de chose, nous ne demandons pas mieux que d’en faire davantage. Qu’elle mette en commun ses libertés, ses privilèges et ses ressources, de façon à rendre la lutte égale : dans vingt ans, le pays jugera.
Si elle croyait devoir refuser le combat, par crainte de trouver en nous des ennemis jurés de la science et du progrès moderne, nous pourrions la rassurer. Peut-être suffirait-il, pour cela, de lui montrer telles de nos anciennes maisons, parfaitement en rapport avec le mouvement scientifique, qui, à son gré, ont plutôt trop de succès, et font aux écoles de l’État sans Dieu une concurrence gênante.
Nous savons que « le monde marche » ; nous sommes prêts à marcher avec lui, non pourtant à l’aveugle. Nous ferons au réel les concessions nécessaires ; mais nous n’admettons point qu’il détrône l’idéal. Notre ambition est de les réconcilier ; la jeune France ne pourra qu’y gagner.
A bientôt, mon cher Paul.
Toujours à toi en Notre-Seigneur.
Jean.
IV. Au même
Août 1903.
Mon cher Paul,