Mais surtout il faut imiter cette action et cette entente sur le terrain plus restreint de l’enseignement libre. Ici j’entre dans le pratique et le précis.


Oui, à tout prix, il faut sauver et maintenir nos collèges chrétiens. Vous le comprenez parfaitement, toi, mon cher Paul, et les autres braves gens de ton Comité, parce que vous êtes des chrétiens convaincus et que vous mettez l’âme de vos enfants au-dessus de tout le reste. Mais nous avons assez vécu, n’est-il pas vrai ? pour savoir que, chez beaucoup de soi-disant catholiques, les convictions religieuses sont à la merci d’un préjugé personnel, d’un intérêt, d’une sollicitation. On ne voudrait pas exposer son fils, oh ! non, jamais, à perdre sa foi et son innocence dans une école sans Dieu, sans religion et sans mœurs ; mais on a entendu dire par des gens comme il faut (étaient-ils bien renseignés ?) que telle maison n’est pas si mauvaise qu’on le prétend ; d’ailleurs l’enfant est une bonne nature, de père en fils, et, par surcroît de prudence, on le surveillera. Pauvres parents naïfs ! Seront-ils à côté de lui pour détourner de son oreille les propos graveleux, de ses yeux les images ou les réalités inconvenantes ? Seront-ils là pour empêcher le venin subtil d’une doctrine matérialiste ou impie de s’insinuer goutte à goutte dans son esprit et son cœur sans défense ? Eux, si pieux dans leur intérieur, comptent-ils pour rien la diminution ou la privation de ces secours religieux, si indispensables au jeune homme, fût-il un ange, pour garder sa vertu ? Mais, par je ne sais quel aveuglement fatal, on s’entête, et quand un ami bien intentionné, qui a d’ailleurs vu les choses de près, insiste sur ces dangers, on le traite volontiers d’homme excessif, si l’on ne va pas jusqu’à le soupçonner, par une injure gratuite, de prêcher pour sa paroisse. D’autres en arrivent à vous dire qu’après tout, il faut bien que la jeunesse se forme à la vie réelle, oubliant que Dieu ne doit pas sa grâce à qui aime le danger et que la pratique de cette maxime facile a préparé à bien des parents d’amers regrets.

Eh bien, mon ami, la première chose à faire, c’est d’ouvrir les yeux aux familles sur la nécessité de l’éducation chrétienne et sur les résultats désastreux de l’enseignement irréligieux, qui tend de plus en plus à devenir obligatoire dans les lycées et collèges de l’État.

Les preuves par les documents et par les faits ne manquent pas. Le rapport Buisson dont tu relèves les faits saillants, et les discours de M. Combes et des énergumènes de l’extrême gauche suffiraient, à eux seuls, pour démontrer aux plus aveugles que ce gouvernement veut tuer chez nous toute éducation religieuse. Il vient de se tenir sous son regard bienveillant, au Collège da France, un congrès auquel ont pris part un bon nombre de professeurs secondaires et d’instituteurs primaires. Or, outre divers autres vœux, ils ont voté que la méthode d’enseignement, dans les écoles et les collèges, soit antidogmatique, positive, critique et susceptible de développer l’esprit de libre recherche. Pour qui sait lire, ceci n’est plus de la neutralité scolaire : c’est du plus pur antichristianisme.

Voilà des choses qu’il faut crier aux oreilles des demi-chrétiens par des conférences répétées et par toutes les voix de la presse, journaux, revues, brochures, tracts populaires. Cette propagande me paraît indispensable pour lutter, non seulement contre l’ignorance ou les défaillances des parents, mais aussi contre la pression officielle et contre les campagnes que nos reptiles ne manqueront pas de mener en faveur des établissements de l’État. Elle sera, en se combinant avec la propagande personnelle, la plus puissante ressource pour assurer le recrutement des élèves.

C’est aux Comités de défense religieuse de l’organiser dans chaque région, selon les besoins. Ils feront appel dans ce but aux Associations amicales des anciens élèves des collèges existants, à la Jeunesse catholique, à toutes les Sociétés analogues. S’il le faut, ils en fonderont d’autres. Pour multiplier les moyens d’action et, du même coup, simplifier les dépenses, il conviendra de réunir les groupements particuliers en une Fédération plus générale. Mais si tu veux m’en croire, mon cher Président, n’attends pas, pour entrer en campagne, que cette Fédération soit fondée ; tu attendrais peut-être longtemps. Quand les groupements régionaux fonctionneront, la Fédération se fera toute seule.

D’ailleurs, il n’y a point de temps à perdre : tu l’avoues toi-même. Donc, mon ami, va de l’avant avec ton Comité, et commence par donner l’exemple en faisant, dans quinze jours ou plus tôt, une conférence écrasante sur le rapport Buisson : je t’applaudis par avance.


Une fois le recrutement des élèves assuré, il faut assurer celui des professeurs. Il serait plus exact de dire que les deux soucis doivent marcher de front, si l’on veut que nos collèges vivent.