Un règlement affiché au parloir avertit les parents que, pour savoir à quoi s’en tenir sur la conduite et les progrès de leur fils, ils doivent s’adresser au P. Recteur ou au P. Préfet. Cela paraît sage ; car eux seuls tiennent en main tous les éléments d’une juste appréciation : notes et compositions, éloges et plaintes des maîtres, explications bonnes ou mauvaises des élèves. L’opinion qu’ils se font ainsi de chacun d’entre nous a de sérieuses chances d’être vraie et complète, surtout chez le P. Recteur, qui contrôle et juge en dernière instance.

Cette suprême garantie de justice, à laquelle chacun est toujours libre de faire appel, est parfaitement appréciée des élèves, et, grâce à elle, la personne sacro-sainte du P. Recteur jouit d’un respect universel. Il vient tout de suite après le bon Dieu, peut-être même avant chez certains : car le bon Dieu est loin, tandis que le P. Recteur est là tout près — et a le bras joliment long !

La suite au prochain temps libre. Tu ne dis pas merci ?

Ton ami,

Paul.

17. Au même.

14 décembre.

Mon cher ami,

Hier jeudi, par exception, on nous a donné promenade, parce qu’il pleuvait les jours précédents : on avait oublié que c’est le jour de congé du lycée, ou peut-être n’avait-on pu faire autrement. Comme les belles routes de ce pays se réduisent à un fort petit nombre, il y a eu des rencontres.

D’abord, une division de gosses, futurs premiers communiants sans doute, avec un bon petit air d’innocence encore intacte. Les premiers rangs ont gentiment ôté leur képi devant le P. Surveillant qui nous conduisait ; les suivants ont fait de même et le pion aussi. Nous avons tous rendu le salut. C’était touchant de fraternité et j’ai eu un petit éclair de fierté pour mes anciens condisciples. J’en ai été vite puni.