J’obéis sans difficulté. Le Père spirituel m’écouta, comme toujours, avec attention et bienveillance. Quand j’eus tout loyalement raconté :

« Mon fils, dit-il gravement, êtes-vous fier de ce que vous avez fait ? »

J’avais grande envie de répondre que oui : je ne sais pourquoi je n’en eus pas le courage. Le Père continua :

« Qui de vous deux était le plus fort ? »

Voyant venir le coup, je pris la tangente :

« Pouvais-je me laisser cracher à la figure sans châtier ce bout d’homme rageur ?

— Peut-être que non. Mais à qui la faute, si le bout d’homme rageait ? A sa place, ridiculisé et chansonné publiquement, auriez-vous gardé votre sang-froid ? »

Je répondis par un signe de tête négatif.

« Eh bien, mon fils, de quel droit demandez-vous à d’autres un effort dont vous ne vous sentez pas vous-même capable ?… Cet enfant a eu tort de vous insulter comme il l’a fait ; mais, évidemment, il ne se possédait pas — et il avait été provoqué. » Le Père insista : « Il avait été provoqué. »

Je comprenais trop bien ce qu’il voulait dire et ne pouvais nier qu’il eût raison : sans mon épigramme, rien ne serait arrivé. Je baissai la tête et attendis mon arrêt. Il reprit :