Je soupçonne les Pères de ne pas faire grand fond sur l’efficacité de la comédie pour la réforme des défauts de leurs élèves ; ils ont d’autres moyens plus sûrs. Que les pièces n’aient rien d’immoral : cela peut suffire. Si, en outre, elles sont spirituelles et bien interprétées, elles rendront toujours deux services précieux : aux jeunes spectateurs, celui d’affiner leur esprit ; aux acteurs, celui de développer leur talent d’expression.

Mon père t’a certainement parlé de la comédie à laquelle il a assisté, le jour de l’an. Je garde une vive reconnaissance au professeur qui m’a appris là, non sans peine et fatigue, à me présenter correctement devant le public, à dominer le trac, à parler au naturel — toutes choses que j’ignorais et que je suis enchanté de savoir un peu mieux qu’avant. Après la représentation, mon père a bien voulu me dire que mon avenir ne l’inquiétait plus, attendu que sûrement je gagnerais ma vie comme avocat, député ou comédien. Député, je veux bien ; avocat, peut-être encore, si tu ne me fais pas une trop rude concurrence ; mais comédien, merci ! C’est bon au collège, un jour de l’an ou de carnaval. Dulce est desipere in loco, pour mieux travailler après.

La semaine prochaine, grand branle-bas pour la préparation d’une séance solennelle, dont le sujet est encore un mystère impénétré. Elle aura lieu le 29 janvier, fête de saint François de Sales, ancien élève des Jésuites et patron de toutes les Académies des classes supérieures. Nous serons une douzaine de rhétoriciens. Il paraît que les traditions nous obligent à faire très bien : on s’y emploiera de son mieux. La comédie m’a mis en appétit — quoique la future séance ait une bien autre signification. Nous en reparlerons avant ou après, si tu veux.

Adieu.

Ton ami,

Paul.

22. Au même.

30 janvier.

Mon cher ami,

Ainsi donc, flafla et temps perdu ! Voilà comme tu as entendu qualifier les séances littéraires des Jésuites. Tu ne dis point par qui : il serait pourtant intéressant de savoir si c’est par des gens qui parlent d’expérience. Ils l’ont peut-être entendu dire à d’autres qui n’en avaient pas vu plus qu’eux !