Tu me demandes à ce propos, non sans malice, je crois, ce que devenait la rhéto, pendant que le professeur avec sa tête de classe préparait cette belle académie. Mais rien n’est plus simple, mon ami : le professeur continuait à faire sa rhéto, et les élèves aussi, tous sans exception. Jamais, en classe, il n’a été question de la séance. Le professeur travaillait double, les académiciens travaillaient double : il a probablement pris un certain nombre d’heures sur le repos de ses nuits, nous en avons pris quelques-unes sur nos récréations et nos congés. Voilà tout le secret : propose-le à ton professeur et dis-moi des nouvelles de l’accueil qu’il y fera !

Non, vois-tu, mon ami Louis — il faut que je te l’avoue — je finirai par devenir féroce pour l’Alma Mater. Ce ne sera pas la faute des Jésuites ; car depuis que je suis à leur école, je n’ai jamais entendu de leur bouche un mot injurieux à l’adresse de cette Université qui les déteste. Et c’est leur faute pourtant, d’une autre manière : car entre leurs procédés d’instruction ou d’éducation et les siens, je découvre tous les jours des contrastes plus violents, qui irritent mon regret de les avoir connus si tard.

Que veux-tu ? Je suis franc.

Ton ami,

Paul.

23. Au même.

12 février.

Mon cher ami,

Merci pour tes multiples compliments : je transmettrai à Jean la part qui lui en revient et je suis sûr qu’il t’en sera reconnaissant. Quel bon type et quel brave cœur ! Je voudrais bien qu’il fût ton ami aussi.

Maintenant je m’empresse de répondre compendieusement aux deux aimables questions, par lesquelles tu me prouves ta sollicitude pour mon avenir et pour mon présent. L’avenir, c’est le baccalauréat ; le présent, c’est l’ennui. Procédons par ordre.