— Supprimer pour les épreuves du baccalauréat le caractère obligatoire des langues vivantes et les réserver pour l’entrée des grandes Écoles civiles ou militaires, commerciales ou savantes. Par le fait, leur étude ne viendrait plus encombrer inutilement le programme classique dans les collèges et pourrait être réservée aux seuls élèves de bonne volonté, assez intelligents pour en profiter, comme il se pratiquait, d’ailleurs, il y a peu d’années. Rien n’empêcherait de leur en tenir compte au baccalauréat, à titre d’épreuve facultative, telle qu’il en existe déjà pour d’autres examens.

— Parfait. Ah ! que ne suis-je Ministre ! Je crois bien que j’abuserais de ma position pour appliquer du même coup le système facultatif à ces affreuses mathématiques. Pourquoi pas ? Serait-ce contraire au Ratio ?

— Ah ! jeunesse subversive ! Vous ne laisseriez rien debout… Ce qui est essentiellement contraire au Ratio, mon ami, vous devez le voir assez maintenant, c’est la manie de surcharger les programmes et de multiplier les épreuves jusqu’à étouffer les intelligences, au lieu de leur donner largement l’air et le champ nécessaires pour se développer selon une progression naturelle. Le jour où l’Université aura assez de bon sens et d’abnégation pour reconnaître qu’elle fait fausse route et pour revenir à une méthode plus rationnelle, ce sera pour elle chose facile d’y adapter ses programmes d’examen, de manière à sauvegarder tous les intérêts.

— Ne ferait-elle pas bien d’appeler dans ses conseils quelques bons Pères Jésuites pour l’aider ?

— Ce serait la meilleure preuve d’une conversion radicale. Travaillez-y.

— Vous pouvez compter sur moi, mon Père.

— Dieu vous le rende, Excellence ! Mais en attendant que vous ayez charge de gouverner le vaisseau de l’Instruction publique avec un équipage de Jésuites, venez reprendre votre poste à la barre : je vais carguer la voile et ramer pour rentrer au port. J’entends la cloche du goûter. »

Te voilà renseigné, mon cher Louis, plus longuement peut-être que tu ne désirais, sur les études chez les Jésuites et sur leurs idées de corps enseignant. Si tu veux en savoir davantage, prépare ton questionnaire pour les vacances de Pâques. D’ici là, bonsoir ! Tu n’auras plus de mes nouvelles qu’en esprit.

Il faut que je rapporte en vacances un premier prix d’examen, un témoignage de satisfaction parfaite et trois décorations !!! C’est beaucoup d’ouvrage à la fois, pour le peu de temps qui me reste. Au revoir !

Ton dévoué,