J’avais résolu de rentrer à Z… en paladin Roland et de pourfendre sans merci tous les mécréants qui se permettraient d’avoir l’air de me regarder de travers : mon Père spirituel m’en a dissuadé et m’a fait promettre, au contraire, d’être avenant, prévenant, charmant, voire même, si je pouvais, séduisant. Commission peu facile, n’est-ce pas ? Je l’ai pourtant acceptée, non point par goût, mais par raison et par devoir.

Oui, chère mère, par devoir, et parce qu’ayant nettement conscience d’avoir été pour quelque chose dans les aberrations de mes pauvres camarades, je veux réparer le mal que j’ai pu leur faire. Je ne les prêcherai pas, sinon d’exemple. Je désire leur montrer en chair et en os un jésuite de robe courte que cette qualité n’empêche pas d’être un garçon bien élevé, un joyeux compagnon et un ami très sûr, d’autant plus sûr qu’il sera désormais intraitable sur certaines plaisanteries, certains sujets de conversation et certaines frasques de jeunesse.

Je vous prie donc, chère maman, de les inviter comme autrefois à nos petites parties de plaisir, que nous tâcherons, si vous le voulez bien, de rendre encore plus amusantes. S’ils y viennent, tant mieux ! Et si, après, ils y reviennent, ce sera mieux encore : ce sera la preuve qu’ils n’ont pas trop peur d’un converti et qu’ils pourront, avec le temps, l’un ou l’autre, songer à faire comme lui. Quel bonheur alors pour moi !

Mon mot s’est allongé plus que je ne voulais, comme toujours. Cependant je dois, avant de finir, vous communiquer encore une triste nouvelle. Votre fils, trouvant que sa mère ne lui suffit plus, s’en est donné une autre, qui, tout invraisemblable que la chose paraît à première vue, est encore meilleure que vous. C’est une très grande et très illustre dame, qui a bien voulu m’adopter à tout jamais, par acte solennel passé devant témoins, au pied de l’autel, samedi dernier, en la fête de l’Annonciation de la sainte Vierge, patronne des congréganistes et désormais la mienne.

Pauvre maman, mon nouveau titre vous cause-t-il beaucoup de chagrin ? J’espère que non. Il m’a été accordé comme une force et comme un stimulant : il m’aidera à bien lutter et à vaincre.

A bientôt ! Mais que c’est loin encore !

Paul,
enfant de la sainte Vierge et de maman.

30. De ma sœur Jeanne.

25 avril.

Mon cher Paul,