Vous me l’avez complètement changé. Mais c’est moi qui ai le plus gagné à ce changement, et je viens, mon cher Paul, vous en remercier du fond de mon âme. Sans être un démon en famille, Louis n’était pas un ange autrefois : il l’est aujourd’hui. Vous m’avez rendu mon fils. Je prie Dieu de vous en récompenser, vous et les bons Pères qui ont fait de vous un apôtre.
Je ne les connais pas : après ce que j’ai vu, je suis toute disposée à leur donner mon estime. Bien plus, si j’étais libre de mes actes, Louis vous suivrait à la rentrée prochaine. Mais, veuve et infirme, je dépends avec mon fils des volontés d’un tuteur qui entend gouverner les études de son pupille.
Vous prierez, mon bon Paul, afin que Dieu garde à ce pauvre enfant tout son courage. Il m’a dit que vous consentiez à être désormais, mieux encore que dans le passé, son frère : j’en serai infiniment heureuse, pour lui d’abord, parce qu’il persévérera plus sûrement dans le droit chemin, et ensuite pour moi-même, parce que cela me donnera quelque droit à vous appeler aussi mon fils et à vous aimer comme tel, sans faire tort à votre bonne et sainte maman qui ne sera pas jalouse, j’espère.
Adieu, mon second fils, et encore mille mercis !
Adèle X.
40. A ma famille.
18 juin.
Mes chers tous,
J’ai l’agrément de vous apprendre que nous sommes entrés aujourd’hui dans la période désirée de la moisson, moisson de lauriers et de gloire, dont le résultat sera proclamé solennellement dans quelque six semaines, à la grande joie des écoliers, des papas, des mamans… Faut-il ajouter encore quelqu’un, Jeanne ? — « Oh ! peux-tu le demander ? »… et des sœurs, quand on a la chance d’en avoir une comme la mienne. J’espère bien recueillir assez de couronnes pour vous donner à chacun le plaisir de m’en déposer une ou deux sur le front : vous l’avez bien mérité, et ce plaisir-là vaudra plus pour votre Paul que tous les prix possibles.
Donc, ce matin, messe avec douze enfants de chœur, dite par le R. P. Recteur. Chant du Veni Creator, pour appeler les lumières spéciales du Saint-Esprit sur les concurrents de la grande lutte qui se prépare. Je ne sais ce qu’ont éprouvé les autres : moi, j’avoue que cet appel solennel à l’intervention d’En-haut m’a saisi. J’ai vu d’un seul coup, sans avoir besoin d’aucune explication, l’importance du travail auquel nous étions conviés. En même temps, à la réflexion (car je commence à réfléchir), j’ai été frappé de voir comment les Pères, avec les moyens les plus simples, mais pris à la bonne source, celle du surnaturel, savent élever les choses au-dessus de la conception vulgaire et hausser les volontés, sans effort apparent, au niveau du but fixé.