Et c’est tout. Le beau temps, on n’en parle jamais ; on le prend comme un dû.

Alors, de quoi parler entre jeunes gens qui ont déjà vu un coin du monde et qui se trouvent à la veille de voir le reste ? La tentation est obvie : salons, bals, théâtre, plaisirs permis et non permis… Un farceur lance un premier mot risqué, le voisin renchérit, un troisième complète ; tout le monde rit, les uns par malice, les autres par faiblesse, et la coupe passe et repasse, enivrante et funeste. Nous avons connu cela, hélas !

Or, le jeu coupe court à cette tentation, et voilà, bien au-dessus de la vulgaire et pourtant très réelle raison d’hygiène, la grande raison de moralité, pour laquelle les Pères tiennent si fort à nous faire jouer. Les élèves qui veulent être francs, s’en rendent très bien compte ; s’ils ne jouent pas tous les jours par plaisir, ils jouent par sentiment d’un devoir supérieur, analogue à celui qui leur fait accepter tel travail parfois pénible. Les deux obligations sont mises par nos maîtres sur la même ligne, et presque chaque samedi, à la proclamation des notes, le P. Préfet prononce la phrase redoutée : « Un tel, un I, ou un II. Ne joue pas en récréation. » Voici à l’appui une petite histoire authentique. Un bon garçon, fils unique d’une maman faible et par conséquent douillet, était allé trouver le P. Préfet pour lui dire qu’au collège ecclésiastique d’où il sortait, on lui avait permis de passer à prier devant le Saint-Sacrement le temps que les autres perdaient à se divertir. Il demandait à continuer. Le P. Préfet voulut savoir le fin mot de cette rare piété. L’élève finit par lui avouer qu’il ne savait pas jouer :

« Eh bien, mon enfant, vous apprendrez. Le jeu vous dégourdira, et vous ferez plus de plaisir au bon Dieu par là que par de longues visites au Saint-Sacrement. Piété bien ordonnée commence par la victoire sur soi-même.

— Mon Père, je ne peux pas.

— Avez-vous essayé ?

— Non.

— Faites-le, mon enfant ; puis vous reviendrez me voir. »

Dès le lendemain, il revenait :

« Mon Père, je ne peux pas jouer.