—Mais nous la soignerons si bien, disait Juliette, quand on l'aura retrouvée!
Et la jeune fille avait proposé la première:
—Mère, si nous préparions sa layette?
—Comment te récompenser de tant d'abnégation? avait répondu la marquise.
Et elles s'étaient mises à composer une magnifique layette pour l'enfant tant désiré. Honoré avait commandé un berceau qui serait une petite merveille. Et elles passaient leurs soirées à travailler. Elles étaient un peu maladroites; mais elles ne voulaient pas se contenter d'avoir acheté de ces objets délicieux, mignons, qui ravissent les mères; elles voulaient, de leurs doigts, avoir travaillé, cousu elles-mêmes… Juliette assemblait d'étroites bandes de fine mousseline, séparées par des vieilles dentelles que lui donnait la marquise. Ce serait pour le devant de sa robe de baptême.
Honoré passait presque toutes ses soirées auprès d'elles; et il s'intéressait à leurs travaux de l'air le plus attendri.
—Ah! je vous promets que nous réussirons, leur disait-il. J'ai même comme un pressentiment que c'est moi qui trouverai cette pauvre jeune fille; je serais presque jaloux que ce soit un autre!
Depuis qu'il était devenu le chef de la famille, il ne se donnait pas une minute de repos. Le matin, il se consacrait entièrement à l'administration de sa fortune. Sa mère ne voulait pas entendre parler de questions d'intérêt, elle lui donnait simplement sa signature quand il la lui demandait, et il s'emparait peu à peu de tout, bien décidé à annihiler la marquise dans l'avenir. Il s'était promptement mis au courant de toutes leurs sources de revenus, ne les trouvait pas suffisantes et se promettait de leur faire produire prochainement davantage. Il examinait aussi les titres de la fortune de Juliette, fortune confiée depuis longtemps à la direction de Me Genty et maintenant de Florimont. Comme les intérêts s'en étaient accumulés, elle avait doublé et s'élevait à plus de deux millions.
Il prononçait ces deux mots avec la plus intense satisfaction.
—Deux millions… bien liquides!