—Non, mademoiselle… Si vous me voyez en deuil… c'est que… c'est que nous avons perdu notre mère!

—Pauvre Jean! mon pauvre Jean! murmura la jeune fille en éclatant en sanglots.

Dans son adorable bonté, elle ne songeait d'abord qu'à lui. Elle retomba sur sa chaise, pleurant lamentablement, le visage dans les mains. Honoré l'étudiait avec acuité et comprenait enfin la passion de son frère.

La grand'mère était demeurée à quelques pas, comme sur la défensive. Les traits d'Honoré lui avaient produit une désastreuse impression. Et elle ne devinait que trop ce que le cadet venait faire chez elles, puisque l'aîné n'avait pas osé venir. Cependant, Marie s'était dominée. Et ses nerfs se détendaient un peu: elle allait avoir des nouvelles de Jean! Elle montra un siège à Honoré.

—Si vous venez ici, monsieur, prononça-t-elle avec une réelle noblesse, c'est que vous connaissez l'amour qui m'unit à votre frère…

—Oui, mademoiselle.—Je n'ignore rien—il appuya sur le mot—rien de ce qui s'est passé entre vous; et c'est ce qui rend bien pénible la mission dont il m'a chargé.

Il procédait par coups brutaux, recourant à la plus abominable ruse: une invention diabolique dont l'effet devait être d'autant plus sûr qu'il allait s'adresser aux sentiments les plus généreux de la jeune fille.

—De votre côté, mademoiselle, vous n'ignorez pas le profond respect dont mon frère et moi entourions notre mère…

—Tout vos préambules sont inutiles, dit Marie avec beaucoup de hauteur. Parlez franchement! J'ai hâte de savoir le sort qui m'est réservé. Pourquoi mon fiancé n'est-il pas venu lui-même? Pourquoi ne m'a-t-il pas écrit?…

—Parce que ce nom de fiancé… vous n'avez plus le droit de le lui donner, mademoiselle! Mon frère…