«—Mademoiselle, comme vous devez être orgueilleuse de votre père!
«—Oh! oui, monsieur; c'est mon défaut.
«—Et elle n'en a pas d'autre, ajouta la grand'mère.
«Si vous aviez assisté à cette scène, ma mère chérie, je n'aurais pas besoin de vous écrire aujourd'hui cette longue confession; vous auriez deviné l'amour profond, durable, qui naissait en moi.
«Maintenant, je n'ai plus de faits saillants à vous raconter. En la forçant à parler de son fils, j'étais rapidement devenu l'ami de la grand'mère. J'étais celui de la jeune fille depuis le premier jour. Et la première période de nos amours est renfermée dans ces seuls mots: Nous nous sommes aimés!
«Je jouais fort bien mon rôle de provincial tout perdu dans Paris, sevré de la vie de famille, heureux de trouver un coin paisible, loin du tapage parisien. Je m'intéressais à leurs travaux, à ces commandes qu'on leur donne préparées, avec les broderies et les dentelles rigoureusement comptées, et qu'on leur paye si peu!
«Et cela m'amusait de songer que j'avais plus d'argent, dans ma bourse des menues dépenses, qu'elles n'en gagnent dans toute une année. Je prévoyais leur stupéfaction le jour où je me ferais connaître, comme un prince des contes de fées. Et si je sentais ma vie changée, c'est que, sous l'influence de Marie, je devenais un autre homme: je comprenais mieux mon siècle, sans cesser de respecter le passé…
«Je comprenais mieux aussi l'inutilité de ma vie d'oisif, j'en avais même un peu honte, devant elle, si travailleuse! Je comprenais mieux surtout la famille, la femme simple, bonne, douce, la femme qui répand le bonheur dans une maison. Et déjà mon intention était bien arrêtée de vous la donner pour fille, une fille qui vous aimerait comme je vous aime, qui vous respecterait, comme je vous respecte… Juliette et elle seraient sœurs… Sans dévoiler encore mon nom, je leur avais dit mes projets; il l'avait bien fallu d'ailleurs, pour avoir le droit de revenir sans cesse chez elles!
«Cela se passa bien simplement. Je dis à Marie que, mes études terminées, mon dernier examen passé, je retournerais en province, et que, si elle voulait de moi pour mari, elle vivrait dans un trou, presque à la campagne, comme enterrée, entre sa grand'mère, ma mère et moi. Et cette perspective, qu'il suffit de faire entrevoir à une jeune fille de nos jours pour l'épouvanter, cette perspective la ravissait. Elle ne s'inquiétait que d'une chose:
«—Votre mère m'aimera-t-elle?