«J'affirmais que oui. Et elle ajoutait, très confiante:
«—D'ailleurs, je l'aimerai tant, moi!
«Je fus alors sur le point de tout vous avouer, de me jeter à vos genoux et d'implorer votre consentement.
«Notre passion était, hélas! trop violente! Depuis que j'avais fermement déclaré mes intentions, la grand'mère me traitait en fils. Et, un soir où, dans leur grande maison de lingerie, on attendait une commande pressée, elle n'avait pas hésité à aller livrer cette commande, quoique je dusse passer la soirée chez elles; Marie m'attendait seule…
«Ma mère, souvenez-vous de la plus heureuse soirée de votre vie, de cette heure suprême où votre vie se confondit dans celle de mon père! Et pardonnez-nous!…
«Il n'est pas possible que nous ayons été coupables, elle surtout, jusqu'alors si pure, si chaste! Moi seul le fus; et je me demande encore à quelle force invincible j'obéis. Nous étions unis par un lien indissoluble.
«J'eus peur alors de vous avouer mon amour. Je n'aurais pas su vous dire la vérité à moitié. Et puis, une espérance inconsciente se glissait peu à peu dans mon cœur; c'est que, dans cette unique soirée où j'oubliai le respect que je lui devais, j'avais fait de ma femme une mère.
«Depuis ce jour, elle ne m'accueillait qu'en tremblant, je devinais qu'elle avait peur. Et elle est si bonne, si douce, qu'un misérable séducteur aurait pu l'abandonner alors… Moi je l'aimais davantage. Je ne regrettais rien; j'avais seulement honte d'avoir abusé de la bonne confiance de la grand'mère. Et j'attendais impatiemment. Il y a quelques jours, qu'elle avais besoin de causer secrètement avec moi. Pour la première fois, elle me demandait un rendez-vous. Et, dans ma chambrette d'étudiant, où elle consentit à venir, elle n'eut qu'à sangloter; je lui évitai l'aveu.
[Illustration: Et fièrement, en noble Française, cette vieille femme me raconta la mort de son fils.(Voir page 57.)]
«—J'ai tout deviné lui dis-je, ne craignez rien. Notre enfant portera mon nom, puisque vous serez bientôt ma femme…